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Évènement, soirée, activité

Pourquoi la Soirée Résiste du 11 juin 2016 ?

Résistance et réformisme

jeudi 9 juin 2016, par Paul Willems

J’ai vu toutes sortes de gens défiler chez Résiste. Plusieurs sont partis en colère. Les réunions suscitent souvent une sorte de colère sourde chez certains participants. C’est à peu près la seule chose de tangible que les réunions parviennent à provoquer. Pourquoi cette colère ? (Est-ce que c’est voulu ?) Le réformisme suscite la colère, il représente un problème pour cette raison.
Quelque mots au sujet de ce réformisme et de Résiste.

Résiste est un collectif créé de toutes pièces par le CEPAG [1] dans un but déclaré : faire quelque chose. On ne fait rien en ce qui concerne les chômeurs dans les syndicats. On y suit la législation, on l’applique, les syndicats informent leurs affiliés chômeurs un minimum. Mais il est important de paraître faire autre chose, de paraître faire quelque chose pour les chômeurs. D’où : Résiste.
Mais il y a aussi des buts non déclarés. Comme avoir une organisation sous la main en cas de besoin pour dire dans les médias et ailleurs qu’on se bat pour les chômeurs, pour ne pas paraître jouir du spectacle quand ça chauffe un peu trop pour leur matricule.
Autre but à moitié caché : envoyer dans des manifs des chômeurs, pas ceux qui ont l’habitude d’y parader tout seuls — avec au cœur leur seul dégoût de toutes ces mesures, qui ne changent jamais rien, qui compliquent toujours tout, qui poursuivent des fins exécrables. C’est qu’on s’y fait à cette fichue solitude, à cette insupportable inexistence, inefficacité ! — et les y encadrer. D’autres chômeurs.
Pure stratégie donc, qui aurait été conçue en haut lieu, dont le but principal, le moteur, disons, est le besoin de disposer d’un alibi, de se mettre à couvert vis-à-vis des chômeurs, d’avoir l’air de ne pas rester les bras croisés en ce qui concerne le problème du chômage. Stratégie réformiste.
Qu’est-ce que le réformisme ?
Dans un livre sur les Rebelles et subversifs de nos régions [2] il est dit que l’idéologie sociale, qui ressemble à s’y méprendre à l’idéologie des syndicats, se forme dès la fin du 19ème siècle. [3]
Vandervelde préface le bouquin. Morelli où la personne qui écrit le chapitre concernant le livre de Maurice Bologne, explique que ceux qui critiquent le livre lui reprochent son idéologie sociale.
L’idéologie social-démocrate est réformiste et nationaliste. Elle l’est toujours. Comment fonctionne le réformisme ? On excite les gens, on provoque des mouvements sociaux, et puis on se fait élire et on prend des décisions décevantes, qui sont pratiquement la trahison de ces mouvements. Bref, on demande beaucoup pour avoir un peu. On se moque un peu, beaucoup. On flatte beaucoup aussi. On obtient quoi ? Des demis victoires. On fait surtout des compromis. Il reste difficile de dire que cette méthode a fait ses preuves. La méthode a vieilli. Faire la révolution semble plus efficace, plus rapide. Mais les révolutions sont épouvantables également.
Dans toutes les révolutions bourgeoises, il y a des ouvriers qui se battent à leur place, et donc pas pour eux-mêmes.

Venons-en au collectif Résiste.
Il n’y a personne aux réunions. Mais, de toutes façons, tous les syndicalistes expliquent que lorsqu’ils organisent des réunions avec les chômeurs, de temps en temps, il y a 2 personnes, de temps en temps il y en a 50, mais ce n’est jamais le même nombre.
Il y a eu des excités qui sont venus lancer quelques idées tordues. Mais ce n’étaient que des agités, pas des subversifs. Et elles ont coulé à pic devant la placidité des chômeurs qui connaissent la musique, qui en ont tellement entendu, et qui préfèrent en général discréditer le système que se discréditer eux-mêmes.
Les animateurs du collectif, parachutés de nulle part, se disent proches du mouvement Tout autre chose. Ils l’étaient en 2015. Cette année, le collectif était invisible à la manifestation organisée par le mouvement Tout autre chose.
En gros, le collectif Résiste suit de loin le mouvement des chômeurs, il envoie des délégations d’une ou deux personnes à des réunions. Il ne fait rien d’autre.
Les cadres syndicaux ont peur des coups tordus. On dirait parfois même qu’ils en inventent. Ils voudraient que des choses terribles se passent sans que ça ne passe pour des actions de travailleurs.
On avait parlé d’un livre blanc, de manifestation, d’enquêtes, de théâtre, d’organiser des conférences, des débats sur le chômage, on n’a rien fait de tout cela. Sur le tout nouveau site de Résiste, il n’y a que quelques dessins actualisés qui sont l’expression de cette idéologie… Certes, un pauvre d’aujourd’hui n’est pas habillé comme un pauvre d’hier. Mais on ne montre pas de Punks, et les clochards ont encore l’air propre. Chouettes dessins, certes. Le patron y fume le plus souvent un gros cigare. C’est assez drôle. Hergé faisait la même chose.

Le collectif Résiste représente comme un verre d’eau un peu sucrée. Pour attirer un peu de monde, pas trop. On reste ou on s’en va, mais il ne se passe rien.
La soirée Résiste est le premier évènement qu’il organise. [4]
Pour organiser cette soirée, ça a été fou.. Il n’y avait personne aux réunions. On a reporté la date de semaine en semaine. Certains ont parlé aux murs. Le principal leitmotiv des responsables était qu’il fallait des sandwiches. La seule option jugée obligatoire, ce furent les sandwiches. On devrait appeler ce collectif : Sandwiche. Ce serait plus cool que Résiste.
Pour certains, manger des sandwiches aurait été suffisant. Mais il fallait remplir la soirée un minimum. J. a proposé Méthode Dingeling, comme la cloche. Un spectacle au sujet duquel on n’a même pas eu droit à un mot d’explication. Mais on s’est dit que ce serait pratique, qu’on avait au moins quelque chose. Mais, ensuite, il a été impossible de faire quoi que ce soit. Il a été impossible de proposer quelque chose d’autre. On a droit à des posters fabriqués avec des dessins pour décorer la salle, pour donner un air festif à la fête. Enfin, fête, sais-pas si ce sera très drôle. Ce n’est pas la soirée dont je rêvais. J’aurais plutôt tendance à pencher du côté de la révolution, plutôt que du réformisme.
Pourquoi ? Pour qui, dans quel but, cette Soirée ? Pour les chômeurs ? Ou pour autre chose ?
Pourquoi le côté aux trois-quarts secrets de cette soirée ? Pour ne pas se faire voir avec des chômeurs ?

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[1Centre d’Education Populaire André Genot.

[2Patronné par Anne Morelli (Editions couleurs livres, février 201, 288 pages.)

[3Le bouquin de Morelli parle d’un certain Maurice Bologne, qui écrit un livre en 1929 au sujet de L’insurrection prolétarienne de 1830 en Belgique (réédité chez Aden éditions, Bruxelles, 2005, 156 p.). Pour ce dernier, ce sont des ouvriers qui font la révolution, qui se battent parce que l’utilisation de machines vident les ateliers de leurs travailleurs, et que les ouvriers ont faim. Ils n’ont pas de travail. Les bourgeois veulent étouffer la révolte. Comme d’habitude. Finalement, ils décident de manipuler les ouvriers.
Les ouvriers se battent pour la liberté, et les bourgeois organisent un coup d’état, ils prennent le pouvoir.. Ils nieront ensuite toute participation ouvrière à la révolte. Les martyrs seront pour eux des nationaux, épris de liberté. Pas des gens qui en ont marre du capitalisme qui les met à la porte des ateliers. Tandis que des travailleurs meurent en se battant pour du pain contre les Hollandais, les bourgeois nomment des dirigeants, ils proclament l’indépendance.

[4Il a aussi organisé un sondage dans lequel on a demandé aux sondés pourquoi ils ne participaient pas plus souvent à des manifestations.

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