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Manifestation

10 mars 2014 : contre la chasse aux chômeurs et les exclusions du chômage

Pour quoi faire ?

lundi 3 mars 2014, par Paul Willems

Manifestation contre les exclusions du chômage et la chasse aux chômeurs

Lundi 10 mars
12h

Départ
4, place Marcel Broodthaers (bureau bruxellois de l’ONEM)
1060 Bruxelles (en face de la gare du Midi).

Pour quoi faire ? Voici quelques réflexions à chaud à ce sujet.

La F.G.T.B. et les autres syndicats organisent plusieurs manifestations en Belgique francophone à Liège, Bruxelles, Mons, Tournai, Verviers, etc.. pour protester contre la chasse aux chômeurs.

Mais les syndicats sont-ils en mesure de faire quelque chose, souhaitent-ils réellement faire quelque chose pour les chômeurs ? J’ai la curieuse impression que tel n’est pas réellement le cas. Pourquoi ? Malgré la lettre personnelle qui m’a été adressée comme aux autres principaux concernés, et des affiches placardées dans les bureaux de la F.G.T.B., et des autres syndicats, je ne me sens pas rassuré.
L’invitation à participer à la manifestation semble avoir un caractère confidentiel. Nul n’en débat, ni dans la presse, ni ailleurs. Si j’en parle à d’autres chômeurs, la seule chose qui risque de m’arriver, c’est qu’ils me riront aux nez. L’information ne semble pas avoir percolé, ni convaincu grand-monde. Pourquoi ne placarde-t-on pas des affiches à d’autres endroits ? Mon sentiment est qu’il s’agirait davantage de convaincre-colloquer les chômeurs concernés que de sensibiliser les dirigeants ou la population. Comme s’ils ne l’étaient pas déjà suffisamment ? Que fait-on aux chômeurs ? Ne les empêche-t-on pas de retrouver du travail, au lieu de les y aider ?

Quelle est l’idéologie des syndicalistes actuels ? Celle des délégués, celle des dirigeants ? Les délégués syndicaux sont souvent productivistes. Ils ont une bonne idée de la façon dont doit se mener une lutte syndicale au sein d’une entreprise, ou contre un licenciement. Mais nul n’évoque jamais la nécessité de lutter pour le droit au chômage, ou contre les exclusions du chômage. Il n’y a pas de délégué syndical chômage. Il existe des collectifs syndicaux de travailleurs sans-emploi. Mais, alors qu’il existe beaucoup de chômeurs, leur poids semble dérisoire.

Pour nombre d’entre eux, les travailleurs doivent être respectés, mais pas s’ils ne travaillent pas. Cela semble être le b-a-ba de leur idéologie. Mais peut-on représenter des chômeurs, se battre pour eux moyennant ce type de préjugé ?

Et les dirigeants ? Quelle est leur idéologie ? L’idéologie du travail, cela ne fait pas un pli. Pas du chômage. C’est un fait. Pour eux, les travailleurs au chômage doivent chercher un emploi. Ils se disent prêts à les aider, à les défendre contre une système qui s’en débarrasserait parfois sans autre forme de procès. Bref, on dirait qu’ils servent à mettre des formes à la liquidation de milliers de travailleurs.

Pourquoi cette lettre intimidante informant les futurs exclus du tragique de la situation ? En partie, certes, parce que les chômeurs ne se mobilisent pas facilement. Mais cela n’a-t-il pas pour but précisément de les empêcher de se mobiliser en masse. Vingt, trente ans de misères, de brimades en tout genre, cela ne suffit-il pas ? N’existe-t-il pas d’autre méthode ?

L’on connaît cette tendance de divers organes représentatifs de servir de courroie de transmission à l’autorité plutôt qu’à ceux qu’ils sont censés représenter.

Bref, la manifestation de lundi n’aurait-elle pas pour but de manifester à quelques-uns dans le désert et l’indifférence générale, plutôt que d’informer et de mobiliser la population. De fait, la priorité des appareils politiques est ailleurs. Ils ne se mobiliseront pas ce lundi. Et ce n’est pas la manifestation de lundi qui va les inciter à y réfléchir. Il y a presque moyen de dire à l’avance de qu’écriront les journalistes à ce sujet. Ils parleront de quelques personnes scandant des slogans devant l’Office national de l’emploi avec un grand O, et l’on cessera pour toujours de parler des 55.000 futurs exclus dont on n’a que trop tendance à parler depuis quelques semaines. Il s’agirait plutôt de s’habituer à un rythme de croisière, de cesser de se faire du mouron pour les droits des chômeurs, qui sont encore des droits accessoires par rapport au droits des travailleurs, ou plutôt à leurs droits à eux, responsables, représentants de l’autorité, experts et spécialistes, proches des milieux dirigeants.

Il y aurait tout un travail à faire pour comprendre quel est l’intérêt de disposer de droits complets en matière de chômage, quel intérêt il y a de lutter ensemble pour de tels droits et quel intérêt il y a à respecter les chômeurs. Mais c’est plutôt l’inverse qui se produit.

C’est à se demander si, au lieu de chercher à plaire aux patrons en s’efforçant de criminaliser les chômeurs, les syndicats ne devraient pas faire porter leurs efforts en premier lieu sur cette question du chômage, et les politiciens sur l’aménagement du temps de vie des chômeurs.

Les travailleurs ne devraient pas minimiser cette question, ils ne devraient pas se dire que ça n’arrive qu’aux autres par exemple. Ils sont les premiers concernés.
Pour eux, l’essentiel est de ne pas perdre leur travail, de conserver le sens de leurs responsabilités. Mais ils excluent qu’ils puissent se trouver au chômage, et ne pensent pas qu’ils ne devraient pas rendre des comptes à cause de cette situation. Ce n’est pas à eux de rendre des comptes. Pas seulement.

Une fois son travail perdu, le travailleur est livré à lui-même et à des organismes qui n’ont qu’une idée en tête : en faire des individus corvéables à merci, qu accepteront n’importe quoi, sans formuler d’exigences. Au lieu de les aider à formuler des exigences correctes et de façon correcte. Ces organismes ont souvent à faire à des victimes d’un ordre social injuste, de mesures arbitraires, à des gens qui auraient des choses à reprocher à la société, et ils aggravent encore parfois ce sentiment d’être des victimes. Thérapie de choc. Ça passe ou ça casse. Mais n’est-ce pas une façon commode de faire l’impasse sur tout !

Il est certes difficile de faire quelque chose à cause des préjugés existants. Les médias ont tendance à criminaliser certains chômeurs, sinon tous les chômeurs, ils considèrent en même temps que le chômage de masse représente une situation transitoire, un inconvénient, alors que l’on pourrait considérer les choses autrement.

Pourquoi entretenir à tout prix par exemple le point de vue que l’économie doit être compétitive ? Il est facile d’en déduire que les chômeurs comme des travailleurs qui n’ont pas fait les efforts qu’il fallait sont en fait les seuls responsables de leur situation. Mais n’est-ce pas l’inverse ? Ne seraient-ce pas les travailleurs qui font ce qu’il faut justement, qui font de leur entreprise une entreprise compétitive, qui sont responsables de son éventuelle restructuration, de sa délocalisation. Ne serait-il pas temps de prendre des sanctions contre les entreprises qui délocalisent ? Au lieu de leur prêter le bon dieu sans confession ? En Afrique, certaines entreprises canadiennes et autres entretiennent des armées qui exterminent et torturent la population civile pour la chasser de sa terre et en prendre possession à moindre coût, ou pour lui imposer des tâches avilissantes. Des millions de personnes sont mis au chômage chaque année, mais ces entreprises sont pourtant jugées respectables, sinon portées aux nues par les médias, qui pourtant critiquent des états lorsque les droits de l’homme sont bafoués. N’est-ce pas exactement la même chose ?

Les syndicats ne disposent pas d’un arsenal de moyens de communication, mais ne serait-il pas temps de se battre pour une véritable liberté d’expression, pour des médias libres capables de rivaliser avec les grands médias commerciaux et élitistes, pour ne pas dire fascistes.

Les chômeurs sont mal vus. L’on juge justifiées les mesures que l’on prend pour les inciter à trouver du travail. Au lieu de comprendre que les modes de production, l’économie changent, qu’ils évoluent, que les chômeurs sont parfois aussi des gens qui cherchent à s’adapter à une autre activité, sinon à se sentir mieux dans la société, ou à faire des choses plus intéressantes, que se laisser exploiter sordidement par une entreprise capitaliste mangeant à tous les râteliers, trichant à qui mieux mieux, et méprisant le monde du travail pour commencer. L’on maintient à flot des secteurs économiques entiers à coup de subventions, cela coûte infiniment plus cher que les allocations de chômage des chômeurs. Médias, banques font partie des secteurs subventionnés. Même la culture commerciale comme les cinémas est subventionnée. Peut-être serait-il plus judicieux de soutenir les efforts des chômeurs pour se former et créer éventuellement leur emploi ? À quoi bon subventionner des banques qui investissent dans les colonies israéliennes ou qu prêtent de l’argent pour acheter pour trois fois rien à des états des terres qui appartiennent à d’autres ? Pourquoi subventionner un secteur comme le cinéma commercial ? Pour empêcher les cinémas non subsidiés de s’en sortir, de diffuser des films qui racontent parfois autre chose que les histoires classiques de grands héros blancs et américains, des films de guerre où l’on massacre des jaunes, et où les noirs s’entretuent entre eux sans qu’on comprenne jamais pourquoi ?

Il vaudrait mieux cesser de voir le chômeur comme un profiteur, pour voir en lui l’opposé, quelqu’un qui s’efforce de s’adapter, de voir la vie autrement, ou qui est victime des mœurs négrières ou autoritaires d’une certaine partie du patronat.
Mais, pour cela, il s’agirait de voir les choses autrement.

L’enseignement n’est pas le seul responsable de la situation, du chômage massif de la jeunesse. Il y aurait plein de revendications à faire valoir, au grand jour, pas seulement vis-à-vis de l’ONEM [1] et des grands et merveilleux patrons qui lui dictent sa politique, ses méthodes et ses préjugés, presque sans que le monde politique n’intervienne et ait quelque chose à dire.

Ce n’est pas de la mansuétude que réclament les chômeurs, mais avant tout le respect, et l’application des valeurs démocratiques.

Il faut faire le lien entre la nature, la destruction massive de l’environnement et le chômage de masse. On ne va pas exterminer tous ceux que la planète ne veut plus nourrir à cause de quelques profiteurs, qui, de toutes évidence, ne sont pas les chômeurs. Il vaudrait mieux faire machine arrière, trouver autre chose que la chasse aux chômeurs, cela n’est-il pas évident ?

Si vous n’avez vraiment rien à faire le 10 mars, surtout, au lieu d’aller quémander un peu de mansuétude, arrangez-vous pour trouver quelque chose à faire. C’est vrai quoi, tout le monde s’en moque d’une conception plus ouverte des choses, d’une politique économique digne de ce nom, respectueuse des valeurs humaines, et de la nature, sinon de l’indemnisation ds chômeurs, à commencer par les chômeurs eux-mêmes !


[1Office national de l’emploi.

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