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Enjeux politiques et électoraux

Communiqué de campagne perso au sujet de l’alliance technique conclue entre les Égalitaires et les formations politiques La droite, et Debout les Belges.

Critique de l’antifascisme

samedi 10 mai 2014, par Paul Willems

Les Égalitaires ont conclu un accord technique avec le parti Debout les Belges et le parti La Droite. Faits et explications.

Les faits

Le 8 mai, le parti des Égalitaires (liste 33) concluait une alliance technique avec les deux partis d’extrême-droite Debout les Belges et La droite. Cette alliance concluait des négociations qui duraient depuis des semaines, et au cours desquelles toute une série de blocages, aussi bien internes qu’externes, sont intervenus, empêchant de conclure une autre alliance. Il est particulièrement difficile de décrire ces négociations. Elles comportent plusieurs aspects compliqués à résumer : démocratique, informationnel et communicationnel. Certaines informations n’étaient pas connues des égalitaires. Comme par exemple le fait que les signatures des trois têtes de liste n’étaient pas nécessaires pour pouvoir conclure une alliance technique avec d’autres partis.

Pour comprendre le tour qu’a pris la discussion, il faut avoir en vue que, pensant de bonne foi que les signatures des trois têtes de liste étaient nécessaires, le jeu politique a surtout opposé les têtes de liste de chaque liste et les autres. Les gauchistes, moi-même, n’étions pas placé en ordre utile sur les listes. Mais nous pensions avoir réussi à exclure l’extrême-droite. À vrai dire, je voulais en tout cas que le problème de l’extrême-droite fut posé, qu’on comprenne bien à qui l’on avait affaire.

Le dimanche 4 mai, une réunion a eu lieu, et une douzaine de membres du noyau des égalitaires ont voté au sujet d’une alliance technique avec d’autres partis. Il aurait d’abord fallu exclure ou accepter un accord technique avec l’extrême droite, mais comme cette décision paraissait acquise, cet accord technique ayant été exclu lors d’une réunion précédente, le vote a porté sur d’autres accords possibles.

La discussion portait sur une alternative entre un accord technique avec le parti Islam et un accord technique avec les deux partis d’extrême-gauche Vega et Gauches Communes. Il était d’autant moins question d’un accord technique avec l’extrême-droite que l’extrême-droite refusait de faire une alliance avec le parti Islam. La majorité des membres ont voté en faveur d’une alliance avec le parti Islam, surtout à cause de la stigmatisation de la part de l’extrême-gauche, dont à leurs yeux, ce parti faisait l’objet.

Mais pour conclure un accord technique, il est nécessaire de remplir et de faire signer un document. Les trois premiers candidats sur la liste sont censés contresigner le document. Du moins le croyions-nous naïvement. De sorte que, se croyant en mesure de faire opposition à cette décision, l’une des candidates a refusé de cautionner un tel accord technique. La candidate a prétendu refuser de signer un accord technique avec Islam. Les négociations avec d’autres partis ont donc continué dans l’urgence. Mais une partie des Égalitaires continuait à refuser d’admettre un tel veto. La candidate en question acceptait un accord avec Islam à condition que d’autres partis de gauche soient concernés également. Pour conclure une alliance technique, l’objectif des Égalitaires était donc de demander aux partis d’extrême-gauche d’accepter une alliance avec Islam. Deux jours avant la date butoir de dépôt du formulaire concernant le regroupement des voix, il a semblé qu’une telle alliance était possible et cela comblait en quelque sorte nos espérances. Mais un nouveau blocage est alors intervenu, suscité par un des membres du parti Vega, en seconde position sur la liste de ce parti à la Région, et qui a refusé de cautionner un accord avec Islam. Tout était à recommencer. Or il restait un jour pour conclure une alliance. Amina Amadel, la tête de liste à la Région, qui avait mené toutes les négociations, était momentanément à Lille. Elle était cependant chargée de déposer le formulaire signé par les Égalitaires concernant le regroupement des listes au tribunal. Nous ne pensions plus qu’il soit possible que les six candidats puissent se décider pour une autre alliance et signer ce formulaire à temps. Nous pensions que nous avions échoué une fois de plus à conclure une alliance technique. certains membres excluaient d’autant plus la possibilité de conclure un accord avec les partis d’extrême-gauche, que ces derniers, et des égalitaires refusaient de conclure un accord avec Islam. C’est alors que le vendredi 8 mai, date butoir du dépôt des formulaires, Amina Amadel a reçu un appel de Debout les Belges qui lui a à nouveau proposé une alliance technique. Nous faisions erreur concernant les signatures des trois premiers candidats des listes. Elles n’étaient en réalité pas nécessaires. La tête de liste qui était censé déposer ce formulaire au tribunal le savait. Nous pas. Le vendredi 8, après avoir téléphoné à la plupart des candidats pour avoir leur avis, pour ne pas revenir bredouille, comme par dépit, pour inciter les gens à réfléchir, en désespoir de cause, elle a accepté de conclure une alliance technique avec les partis Debout les Belges et la Droite.

Jusqu’à ce samedi 9 mai en tout cas, sur la page d’accueil du site des Égalitaires [1] se trouve toujours l’appel suivant :

Suite à notre réunion du jeudi 24 avril 2014, concernant un éventuel groupement technique en vue des élections du 25 mai prochain, notre réflexion est la suivante : chaque groupe de citoyens a le droit de se faire représenter,  de ce fait, comme  nous ne voulons pas réagir comme certains,  nous ne nous voulons exclure aucun  parti souhaitant faire partie d’une alliance technique.  Hormis l'extrême droite !

Je précise par extrême droite tout parti qui prône des thèses conspirationnistes, antisémites, ou islamophobes.

Nous  pensons que nous pourrions mettre nos divergences de côté pour permettre cette unité même si elle ne durera (avec regret) qu'un temps !

N'oublions pas qu’aujourd’hui pour TOUS, notre UNIQUE objectif est d'éliminer la bande des quatre ( MR, CDH, ECOLO,PS )  coûte que coûte !!!

Voici un historique,  de ce que nous avons raté en 2009. A nous de reproduire ou pas, ceci !

Si, en 2009, le projet de regroupement des voix n'avait pas avorté, Pro Bruxsel (F), Egalité, Musulmans.be et PTB auraient fait leur entrée au Parlement.

PS : Le CDH vient de déposer une proposition de loi qui a comme objectif d’imposer le seuil des 5 %  à  CHAQUE  "petit " parti.

Brisons ensemble le seuil non démocratique des 5 % par un regroupement des petits listes !

C'est peut-être notre dernière chance de créer un front d'opposition..

Si vous voulez faire partie d'une alliance technique, signalez-le nous par E-mail.

Bien à vous.



Pour le parti égalitaires !



Amadel Amina 1ére à la région

amadelamina@gmail.com

Ben Aïssa Amza 2ème à la région

amza_ben@msn.com

Cet appel a été clairement bafoué. Il n’en a pas été tenu compte. C’est vrai. Lorsque certains Égalitaires ont appris qu’un accord technique avait été conclu avec l’extrême-droite, ils ont communiqué à leurs amis (principalement sur leur page Facebook) leur décision de se retirer de la liste et de cesser de faire campagne pour les Égalitaires, pour empêcher un report de voix en faveur de l’extrême-droite. Certains ont décidé de quitter le parti, de rendre les clefs du local.

Jusqu’au dernier moment, j’ai tenté d’inciter Amina Amadel de conclure un accord technique avec l’extrême-gauche seule, mais elle a tenu compte de la majorité des membres du parti, refusant un tel accord sans un accord concernant Islam. Elle a également tenu compte d’un refus convictionnel concernent Islam. Nous étions en contact par E-Mail et par gsm. Sous le choc et devant le fait accompli, dans l’incompréhension de ce qui s’était réellement produit, j’ai moi-aussi communiqué, via Facebook, ma décision de cesser de faire campagne et de faire partie des Égalitaires. J’ai appelé à voter pour les partis d’extrême-gauche dont je me sens proche.

Après coup, j’ai changé d’avis. J’ai décidé de continuer à faire campagne avec les Égalitaires, pas seulement parce que je suis scandalisé parce la stigmatisation dont la décision courageuse et intelligente d’Amina Amadel a fait l’objet.

Ma réaction

La moindre tentative de ma part de chercher à comprendre ce qui s’est produit, les motivations des uns et des autres, se solde notamment sur Facebook par des accusations de fascisme, par de l’ignorance et du mépris. Je ne pourrais pas prétendre être d’un avis.

Quand aux autres, ils ont donné leur accord de principe de refuser de cautionner d’une quelconque manière l’antisémitisme, le conspirationnisme et même le racisme, et ils se battent sur le terrain qui leur est cher pour mériter l’estime des leurs.

Refus de stigmatiser

Le problème avec la stigmatisation, c’est qu’elle empêche de réfléchir.

La stigmatisation de l’extrême-droite se substitue à un programme au sens critique, et, finalement, c’est cette stigmatisation qui fait le jeu des fachos.

Il me semble à présent que les Égalitaires, du moins certains, ont voulu réfléchir par eux-mêmes, faire abstraction de cette stigmatisation. Ils n’ont pas voulu se soumettre, accepter une ligne de conduite, voire un programme, des arguments tout faits, parce qu’ils sont ceux de personnes qui s’opposent à l’extrême-droite. Ils ont rejeté l’islamophobie de gauche, et ne prétendent pas non plus souscrire à l’islamophobie de droite. Ils ne souscrivent pas non plus à l’islamisme qu’il soit de droite ou de gauche. La gauche a parfois tendance à se substituer à l’Islamisme en lui dictant son attitude. L’islamo-gauchisme n’est pas forcément le fait d’islamistes. Il est parfois le fait de simples gauchistes.

Pour l’instant, la stigmatisation est totale. C’est l’épreuve de force. Ou bien les uns ou bien les autres auront le dernier mot. Aucun débat constructif n’est plus possible au sein des Égalitaires, entre ceux qui ont fait défection et les autres. Pierre Van Den Dooren, un Égalitaire, argue du fait qu’il a créé le logo des Égalitaires pour prétendre que lui-seul a le droit de dire quelles sont les alliances que les égalitaires peuvent conclure ou non, et il ajoute que si ce dernier argument parait scandaleux, on n’a qu’à se renseigner sur les méthodes des personnes à qui les Égalitaires seraient selon lui sur le point de donner leur soutien (bien malgré lui, et d’autres égalitaires). Il fait allusion ici au chantage exercé par le député Laurent Louis sur le parti Islam dont, il y a un peu moins d’un an, le député d’extrême-droite avait fait lui-même agréé le logo.

Une telle épreuve de force ne laisse pas accès au libre-arbitre. Elle exige la soumission totale et aveugle d’autrui, elle s’appuie sur la peur. Elle m’incite à me poser des questions sur l’anti-fascisme ordinaire.

Refus de l’antifascisme aveugle et autoritaire

Critiquer l’antifascisme aveugle est difficile. Voici ce que j’ai écrit dans un E-Mail adressé au bureau des Égalitaires.

Je me fiche de la droite et de l'extrême-droite, comme des critiques aveugles et des points de vue autoritaires de gauche également qui prétendent les critiquer, mais qui, à part le fait qu'ils les critiquent, ne disent et ne font rien d'autre. Je sais, j'entends d'ici les cris de stupeur, rappelant les manifestations, l'engagement, les luttes pour toutes sortes de causes. Je le dis, ces causes ne justifient pas un comportement d'inquisiteurs et de censeurs, et elles ne représentent pas non plus le seul engagement valable et possible. Je le dis tout de go, je n'aime pas le fonctionnement narcissique, voire autoritaire, ou inquisitorial qui est celui de certains.
Je rejoins l'avis de Michel Collon au sujet de cette stigmatisation et j'adhère au même point de vue que lui sur Laurent Louis et l'extrême-droite.

 [2]

Il ne s’agit pas de confondre la gauche antifasciste et l’antifascisme radical et sectaire de certains milieux. Pour ces derniers, la stigmatisation de l’extrême-droite représente une aubaine. Elle leur permet de critiquer des milieux entiers de la société, toute une partie de la population, et de justifier le néolibéralisme, ses manœuvres conquérantes. Ces milieux ont besoin de procéder comme qui dirait à leur grand nettoyage de printemps, de s’en prendre aux chômeurs, aux Africains, aux Russes, aux Arabes, sauf bien sûr aux plus sectaires d’entre eux qui les servent dans leurs desseins tellement légitimes de dominer le monde.

Peu leur chaut le fascisme. Même le fascisme pur et dur. Il les amuse. L’extrême-droite classique renvoie à une vieille manière de voir et de penser qui ne les gêne pas, que l’antifascisme contribue au contraire à ressusciter, qui fait leur jeu, qui leur permet notamment de faire échouer des révolutions, de balayer des démocraties, des régimes de gauche.

La seule alternative plausible à ce fascisme qui n’a rien à envier à l’extrême-droite, c’est à mon avis l’élection de représentants issus de la gauche radicale et antifasciste.

Choix de conclure plutôt que de ne pas conclure un accord technique ?

Mon refus de stigmatiser l’accord technique conclu par les Égalitaires, incite certains à me faire des reproches. Symboliquement de quoi a-t-on peur ? Sinon d’avoir l’air de ce qu’on n’est pas ? On a l’air d’avoir peur de conclure un accord qui n’engage à rien, qui ne signifie rien, qui ne représente en aucun cas une alliance. En refusant de conclure un accord, on donne l’impression de vouloir tout garder pour soi, le pouvoir, de vouloir tout le pouvoir, on donne l’impression de ne rien partager ou de ne rien vouloir partager. On veut tout ou rien. Ce n’est pas correct. Ce n’est pas comme ça que les choses marchent. Stratégiquement, il faut accepter de perdre en partie pour avoir des chances de gagner.

Au Parlement, on vote, et donc, diront certains, c’est le quantitatif qui compte. mais ce n’est pas exact. La fonction d’un parlement c’est de parlementer. Un seul député, mais qui défend une opinion juste, qui l’exprime valablement, peut en principe convaincre une majorité d’autres. C’est cela le sens du parlementarisme. c’est cela son efficacité et sa force. C’est donc le qualitatif qui compte. Bien sûr, on a affaire à une particratie, les députés suivent aveuglément les consignes de vote de leur parti, mais il reste la possibilité de convaincre un parti, ou plusieurs.

Certains privilégient le point de vue selon lequel il ne faudrait pas autoriser de report de voix vers l’adversaire idéologique principal. Cet accord technique a été notamment critiqué par le petit parti B.U.B, qui, lui-même, a conclu un accord technique avec le P.T.B.. Cet accord a été critiqué au nom d’un point de vue d’extrême-droite, critiquant un accord entre un parti islamophobe et des partis antisionistes. Comme si un parti islamophobe ne pouvait pas aussi être antisioniste. Et d’autre part, au sein de cet accord, deux partis sont antisémites et l’un d’eux ne l’est pas : les Égalitaires [3]. Comme d’habitude la droite mélange tout à loisir. Elle mélange surtout accord technique avec accord politique. Il ne s’agit pas ici de conclure un accord politique au sens où on l’entend d’habitude, mais de conclure un accord dans un sens inhabituel. Il ne s’agit pas de forger une coalition, mais d’interrompre les hostilités le temps d’une campagne pour arriver à un but qui semble plus important que les divergences d’opinion existant entre partis d’extrême-droite et partis d’extrême-gauche, entre partis antisémites et partis qui ne le sont pas. Bien sûr, pour certains, il n’y a RIEN de plus grave que l’antisémitisme, rien qui justifiât un accord avec un parti antisémite, voire deux partis antisémites. Or pour les Égalitaires, il y a quelque chose de plus grave, et peut-être aussi pour les autres partis qui ont conclu cet accord, et c’est une politique qui conduit, qui incite à l’antisémitisme, plus encore qu’elle ne suscite l’islamophobie. Tous ces partis sont concernés par l’antisémitisme, les uns parce qu’étant des partis fascistes, ils sont forcément perçus comme antisémites, et les Égalitaires, parce qu’ils militent contre l’occupation des territoires palestiniens et la guerre, et contre l’islamophobie, alors que l’antisémitisme a tendance à se répandre dans les milieux populaires, voire à miner le mouvement de boycott des produits israéliens. En d’autre terme, l’antisémitisme représente un fléau qui avantage beaucoup plus les intérêts dominants défendus par les grands partis que les milieux populaires où presque tous ceux qui manifestent un point de vue qui leur est propre, à moins de le faire de manière indolore, de manière presque insignifiante, sont taxés d’antisémitisme.

Quant au groupement Gauches Communes, peut-être lésé par l’accord conclu, quoique sa volonté de conclure un accord avec les Égalitaires ait souvent manqué d’enthousiasme, il prétend également dès à présent que le seul regroupement de partis qui n’a pas conclu d’accord avec l’extrême-droite, c’est celui qu’il a conclu avec Vega. Bref, pour éviter un report de voix dommageable, selon, lui, voter pour ce regroupement de partis constituerait le bon choix. Est-ce le bon point de vue ? Je ne le pense pas. Intuitivement, je n’aime pas cette attitude. Elle me paraît fermée. Elle me paraît sujette à des dérives. Elle ne me paraît pas tenir compte de la réalité politique, de la nature du jeu politique, de l’opposition fondamentale existant entre les petits partis et les grands. Elle préserve certes une sorte de cordon sanitaire, mais qui a d’ores et déjà volé en éclat, puisque le parti belge le plus représentatif pour le moment, la NV-A, qui va fort probablement prendre les rênes du pouvoir, est un parti fortement influencé par l’idéologie d’extrême-droite. À quoi servira alors le cordon sanitaire ? La droite a pour le moment plus d’impact et d’influence dans les milieux populaires que la gauche. C’est le constat que fait notamment François Ruffin dans son petit livre très intelligent sur le F.N. français intitulé Pauvres actionnaires. Est-ce que des luttes mal comprises et peu appréciées du grand public pour toutes sortes de raisons ont la moindre chance de renverser les choses ? L’influence de la droite s’étend sans arrêt, et celle de la gauche radicale diminue toujours plus. Est-il alors de bonne augure de s’isoler encore ? Dans ce contexte, le meilleur allié de l’extrême-droite, c’est l’anti-fascisme aveugle, voire l’islamophobie, qui rejette vers elle les couches populaires qui se sentent stigmatisées par ce dernier. Pour les Égalitaires, ne pas rejeter les couches populaires paraît le premier objectif à prendre en considération. Nous devons continuer à parler aux personnes des milieux populaires, cesser de nous comporter vis-à-vis d’elles comme des inquisiteurs, des paternalistes ou des marchands d’esclaves qui rêvent de captures.

En fait, l’extrême-gauche se comporte souvent plus comme une gardienne, voire comme un chien de garde des valeurs nécessaires à la survie de la société bourgeoise, que comme des activistes souhaitant renverser l’ordre établi. Si elle parle sans cesse de renverser l’ordre bourgeois, c’est en renonçant en même temps à tous les combats importants qui permettraient d’y parvenir et qui étaient les siens naguère. Elle se soucie plus de la morale, de l’éthique que de l’égalité de salaire, de l’abolition de la propriété, etc...Elle critique de manière virulente l’évocation elle-même de ces combats. Je viens de me faire traiter de rêveur sur Facebook parce que j’ai mis en ligne un plaidoyer en faveur de l’égalité de salaire. Et cette réaction m’étonne. C’est la seule. En général, c’est le genre de thème qui n’intéresse personne.

Certes, l’éthique a de l’importance. J’aime bien la critique que fait Michel Colon du manque d’éthique de Laurent Louis. Au moins est-elle constructive, et objective, elle n’est pas une critique abstraite, et elle n’’identifie pas tous ceux qui se rallient à l’extrême-droite, à ce manque d’éthique, et à ce genre de procédé. Elle n’est pas inutile, et ne sert pas à traiter les pauvres, comme les catholiques ont traité les cathares, en faisant état d’un dogme abstrait, marxiste ou autre, en analysant leur point de vue, leur mode de pensée, de façon formelle, en le décortiquant, et en le stigmatisant.

Le défaut d’éthique représente un procédé usuel de l’extrême-droite, mais il est absurde de critiquer ce manque d’éthique au nom de l’éthique. Il faut critiquer l’extrême-droite à cause de ses objectifs, de son programme.

Pour moi, ce qui caractérise la démocratie, la vraie, c’est son esprit d’ouverture, le refus du rejet a priori de quelque chose. Refuser cet esprit d’ouverture, le faire se refermer sur lui-même, c’est ouvrir la voie à l’extrême-droite, ou à tout autre type de dictature. Nous ne pouvons débattre, critiquer l’extrême-droite si nous refusons de la voir, de la comprendre, de l’analyser, et même de lui parler. Nous ne pouvons refuser l’humanité dans l’autre sous peine de nous comporter comme ceux que nous critiquons. Prétendre ou croire que l’on est les seuls justes, et prétendre détenir la vérité, représentent des dérives inacceptables, une forme d’arrogance, et même un mensonge.

J’ajouterais un dernier argument en faveur d’un accord technique avec la droite extrémiste. Pour le moment, faire uniquement alliance avec l’extrême-gauche, c’est à mon avis privilégier un point de vue presque uniquement antifasciste. Ce n’est donc pas privilégier une stratégie, ou un combat politique capable de renverser le rapport de forces existant. Ce n’est pas utile, ni stratégique.

À cause de ce manque d’objectif politique véritable, derrière la gauche radicale, se dissimule de plus en plus en fait à mon avis de véritables fascistes. Telle est à mon avis la forme qu’adopte pour le moment le fameux rhizome annoncé par le philosophe français antifasciste Gilles Deleuze.

Conclusion

Cet accord technique, cela ne veut pas dire la soumission et la bêtise. Au contraire ! Cela ne veut pas dire la tolérance non plus. Le P.T.B. a conclu une alliance technique avec le petit parti de droite B.U.B.. Pourtant, il a des chances d’avoir des élus sans ce petit parti qui est resté inexistant jusqu’à présent. Grâce à cet accord, un parti de gauche multiplie les chances d’avoir des élus. On n’est jamais trop prudent. Il permet à un parti de droite d’avoir un élu pour avoir des chances de plus d’avoir un ou des élus. Bien sûr, il y a une contre-partie : l’influence supplémentaire conférée à la droite extrême. Mais qualitativement, cette influence que signifie-t-elle. Certes, la droite extrême a tendance à multiplier les interventions dilatoires, à fausser le jeu parlementaire par ses critiques réactionnaires, puériles. Mais à mon avis, dans ce contexte, le P.T.B. manifeste a la fois un esprit d’ouverture, et une certaine intelligence politique. Il veut avoir des chances d’influer ne fut-ce qu’un tout petit peu.

Nous faisons le même raisonnement que le P.T.B., qui, certes choisit un parti moins médiatiquement controversé que Debout les Belges, mais dans le fond, quelle différence, et avons-nous le choix ? Nous avons pris ce qui restait, le fond du panier, les pires de tous.

Une partie de la gauche radicale est antiparlementaire, comme certains anarchistes par exemple, pourtant des anarchistes célèbres, comme Malatesta, recommandent aux anarchistes de voter, de tenter d’élire des représentants pour tenter d’influer sur la politique menée par les élites dirigeantes. Une telle influence n’est pas négligeable. Même si elle reste limitée. Je ne crois pas que Malatesta aurait critiqué notre attitude.


[1Le site du parti des Égalitaires est mis en ligne et administré par une relation d’une candidate qui, à cause de l’accord technique conclu avec l’extrême-droite, a communiqué sa décision de cesser de faire campagne pour les Égalitaires. Sur ce site, n’ont jusqu’à présent été mis en ligne que des photos, la liste des candidats et leurs présentations, l’appel à l’unité (appel à conclure un accord technique excluant l’extrême-droite), un appel concernant la situation en Égypte et un programme sommaire qui est tout ce que les Égalitaires ont élaboré comme programme. Le programme dont, sur base des discussions entre Égalitaires, j’avais tenté de faire la synthèse, et le flyer que j’avais réalisé, ont été ignorés, jetés à la poubelle depuis longtemps par des Égalitaires qui font aujourd’hui défection. Ces derniers avait également rejeté péremptoirement un slogan de campagne que j’avais proposé et qui était simplement celui-ci : Refuser de se soumettre.

[2Le journaliste Michel Collon lui-même a été soupçonné par certains antifascistes d’avoir des sympathies pour le député d’extrême-droite Laurent Louis. Il répond à cette critique dans un article paru sur son site.

[3Et pas Égalité comme il est écrit dans le texte.

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