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Chômage illimité dans le temps, comment et pourquoi "pas" ?

Sur le manque de volonté et l’enchainement du monde politique en général

mercredi 27 mai 2015, par Paul Willems

Le Parlement évite de débattre de l’exclusion du chômage. Les politiciens se demandent sûrement : quelle contrepartie ? Pourquoi octroyer des allocations à vie aux chômeurs ? Les parlementaires abordent plein d’autres questions. Ils n’analysent pas les choses en profondeur.
Le chômage de masse et le chômage pour tous (revenus de remplacement pour tous les chômeurs), voilà qui nécessiterait à coup sûr de prendre certaines mesures dont ils ne veulent pas entendre parler.

Voici quelques motifs pour lesquels ils refusent d’envisager certaines solutions.

Motifs psychologiques

L’économie est en crise. La seule logique que beaucoup de gens sont capables de suivre est celle qui consiste à tenter d’éviter les conflits, du moins certains conflits. Or les chômeurs suscitent moins de conflits que le grand patronat et le monde de la finance, capable de provoquer des guerres (par exemple contre la Russie ou ses alliés), ou de piller un pays pour parvenir à ses fins.

Motifs idéologiques

- Pour cette économie, le profit est tout, ou presque. Depuis des temps immémoriaux, pour faire beaucoup de profit, un principe consiste à faire travailler des gens pour rien, ou pour le moins cher possible, en espérant se montrer plus concurrentiel. De grands économistes, une myriades de prix Nobel partagent ce point de vue. Tel est le raisonnement que la plupart des gens sont tentés de faire, qu’ils sont habitués à faire. Ce raisonnement vient tout naturellement à l’esprit. Dans une société, où le droit, l’économie, mais aussi l’idéologie, sont basés sur la propriété privée, il est plus facile de s’en tenir à une logique de profit, et de protéger la propriété et les droits individuels qui s’y rapportent. D’où la logique sécuritaire en vigueur.

Mobiles sociaux

Une solution consisterait à partager le travail. Mais en situation de crise, beaucoup de gens sont également obsédés par le besoin d’accumuler des prérogatives et de préserver leurs avantages différentiels par rapport à d’autres. Partager ne leur vient pas à l’esprit. Ils auraient l’impression de perdre des avantages concurrentiels.
On risque aussi de froisser la susceptibilité de ceux qui se sont battus pour accaparer un emploi et le minimum et pour le garder, et qui sont considérés comme la base de l’économie.
Partager le travail effraie des gens parce qu’ils se mettent directement à craindre de devoir partager ce qu’ils ont, de perdre une partie des avantages pour lesquelles ils se sont battus toute leur vie. S’ils partagent ne fut-ce qu’une partie de leurs heures de travail, de leur salaire, avec d’autres, ils se jugent lésés. Ils préfèrent s’imaginer qu’ils auront toujours droit aux mêmes avantages, même s’ils risquent bien davantage, s’ils risquent en réalité de tout perdre du jour au lendemain également. Se retrouver au chômage, cela n’arrive pas qu’aux autres.

Ils risquent bien davantage en ne partageant pas le travail. Ils risquent de tout perdre du jour au lendemain également. Se retrouver au chômage, cela n’arrive pas qu’aux autres.

Motifs hiérarchiques

Les gens ne souhaitent pas descendre d’un cran dans l’échelle sociale, au risque de changer de statut, de peur de perdre davantage, des droits, le prestige qui leur paraissent indispensables.
En cas de crise, les catégories sociales en difficulté, voire des minorités, servent le plus souvent de boucs émissaires. C’est inévitable.

Motifs financiers

Les plus riches souhaitent devenir plus riches, rester aussi riches que les riches d’autres régions du monde, et s’efforcent de profiter de la situation. Les mécanismes comme l’endettement public qui leurs permettent d’accumuler des profits ont tendance à pomper les ressources financières des états et à mettre les finances publiques en difficulté. Mais les politiciens préfèrent compenser le déficit de l’état en prenant leurs ressources aux pauvres plutôt qu’aux riches.

Motifs politiques

  • Mener une politique plus ouverte, moins antisociale, cela équivaut à prendre des risques. Tout autant de nos jours, qu’hier ou même au cours des siècles précédents. Concevoir une autre politique, une authentique politique sociale, autrement dit une alternative politique, revient pratiquement à se retrouver hors les murs, à se mettre soi-même à l’écart. Presque davantage encore en Europe ou en Amérique, qu’en Afrique ou en Asie. Pour prendre certaines décisions, il est de plus en plus nécessaire de s’opposer à une masse de plus en plus importante d’individus.
  • Sur un autre plan, la volonté politique est devenue une denrée particulièrement rare. La perspective de passer sa vie au chômage suffit à faire changer d’avis les gens, et même, sinon surtout, les politiciens.
  • Connaître en détail des dossiers politiques compliqués représente une nécessité, mais a tendance à miner tout effort pour en modifier la substance. Les experts et les politiciens ne débattent généralement que de questions de détails et se montrent incapables d’aborder valablement des questions de fond.

Motifs pratiques

Alors qu’il est nécessaire de déployer plus d’efforts pour décrocher des budgets de recherche, il faut que des chercheurs planchent pendant plus longtemps sur des problèmes, qui semblent de plus en plus complexes. cela copte de plus en plus cher. Alors qu’il y a de moins en moins d’argent à dépenser.

Motifs économiques

  • Il y a moyen de partager le travail de toutes sortes de façons. Il serait facile d’interdire tout simplement aux agriculteurs d’utiliser des produits phytosanitaires qui nuisent à la diversité biologique, et qui représentent un problème pour la santé, ou tout simplement pour les abeilles. En renonçant à certains produits phytosanitaires, il deviendrait possible de créer de nombreux emplois, de permettre à de petites exploitations de prospérer. Normalement, les gouvernements et les classes dirigeantes devraient faire en sorte de protéger l’environnement. Mais notre société et même notre civilisation est industrielle. Cela signifie qu’elle privilégie la quantité sur la qualité. Les profits diminueraient, et, en gros, ceux qui réalisent des profits préfère accumuler des chômeurs et des riches exploitants agricoles qui se servent de machines. Les grands propriétaires terriens eux-mêmes y trouvent leur compte. Il y a moins de gens avec lesquels il s’agit de partager les revenus de leurs terres. Les politiciens préfèrent nier les faits et s’entendre avec ceux qui gagnent de l’argent avec des machines et des produits industriels. En réalité, ils ne sont pas en mesure de faire changer la société de point de vue sur le travail et la productivité. Une révolution serait nécessaire pour que les gens comprennent que le productivisme ne représente pas la meilleure solution, que l’on produit plus longtemps, dans de meilleures conditions quand on respecte le travail et la nature.
  • Dresser des barrières douanières, outre le fait que l’on risque de se faire bombarder, ou envahir par d’autres, ne représente pas non plus une solution, parce que cela limite les échanges et donc exerce une pression à la baisse sur l’emploi. Cela ne marcherait que si cela permettait de promouvoir des échanges plus rationnels, et moins injustes, plus équilibrés, moins destructeurs de ressources, mais c’est pratiquement impossible à concevoir dans un monde précisément basé sur l’injustice des échanges et sur des relations économiques inégales. Pour le moment, même s’ils prétendent le contraire, la plupart des partis préfèrent mener une politique qui aggrave les inégalités, non seulement sur un plan interne, mais à l’échelon international, pour tenter de promouvoir l’économie, l’économie nationale leur propre économie, leurs propres intérêts. Voilà pourquoi on ne voit pas de solution sur un plan économique, pourquoi le problème, c’est le manque de boulot, c’est l’hyperproductivité nécessaire pour demeurer compétitif, pourquoi, en fait, c’est le travail lui-même.

Motifs sociologiques

  • Quand on a tout, un boulot, de l’argent, des droits, tout, et même un peu plus, on a envie de prendre certains risques, pas d’autres.
  • Il y a moyen de limiter le temps de travail, ou le montant des revenus du travail, d’empêcher le cumul des mandats, du travail, mais cela nuirait à la liberté de travail, un de piliers de cette société.
  • On pourrait assimiler les propriétaires qui louent de nombreux logements, à des entrepreneurs, en décrétant que les revenus locatifs sont des revenus de type commerciaux, que les propriétaires qui louent des logements, comme les artistes, doivent fonder des entreprises immobilières, monter des sociétés. Mais cela heurte la sensibilité d’un groupe économique qui dispose de fait d’énormément d’influence, qui a tendance à dominer les autres.

Mobiles "sécuritaires"

Le maintien ou le rétablissement du droit au chômage pour tous permettraient d’éviter de construire des prisons à n’en plus finir et représenterait donc non seulement une économie, mais surtout un gage de stabilité politique, et de sécurité. Les prisons ne favorisent pas la stabilité, si ce n’est une certain type de stabilité, fondé sur la répression et la violence. Mais une telle solution n’est pas considérée comme satisfaisante, justement parce que le monde politique est poussé à bout par un contexte défavorable et que les politiciens préfèrent miser sur le travail des prisonniers pour permettre à certaines entreprises de maximiser leurs profits. Merci pour les autres, qui devront se contenter de payer des salaires normaux sans contrepartie !

Motifs fondamentaux

Notre société est loin encore d’être tolérante, suffisamment ouverte. Elle engendre des discriminations à une vaste échelle. Elle sanctionne systématiquement toutes sortes de gens, parfois seulement à cause de leur habillement, ou de leur religion. Le droit au chômage garantit à toutes ces personnes le respect, en leur octroyant un revenu. Il incite au dialogue, plutôt qu’à exercer des représailles. Mais nombreux sont ceux qui n’apprécient pas cette tolérance, qui la refusent, et le chômage est une solution pratique pour mettre des gens à l’écart, pour en critiquer indirectement le croyances.
Sur un autre plan, pour faire prévaloir certains solutions qui permettent à certains d’accumuler de profits, il est nécessaire de réprimer la liberté d’expression.

Conclusion

Pour les milieux dirigeants, il n’est pas question de s’interroger sur le maintien ou le rétablissement du droit au chômage pour tous. Il y a peu de chances que les politiciens entamassent un débat constructif sur des réformes économiques et sur le maintien et le rétablissement des droits des chômeurs, de la sécurité sociale.
Pourtant il est évident que si on ne fait rien, qu’on nie la situation, ou qu’on s’en remet à une logique économique idéologique, voire primaire, apolitique, sinon égoïste, les choses ne sont pas prêtes de s’arranger. À très très court terme, une catastrophe de plus ne peut manquer de se produire. Mais une telle issue est jugée plus intéressante qu’une société pacifiée, et équilibrée, où forcément, l’on partage les revenus de la production. Elle seule permet de réaliser de gros profits. De telles crises sont même jugées nécessaires.
Se retrouver à la rue, ou dépendre des autres, ou accomplir des boulots dans des conditions dangereuses, précaires, se retrouver en butte à une forme d’arbitraire, tout cela guette ceux qui perdent leur travail, ou qui n’en trouvent pas, et qui perdent en même temps le droit au chômage. De plus en plus de gens sont concernés par ce genre de catastrophes.
Mais s’attaquer à la logique économique dominante, autrement dit au productivisme et au machinisme à tous crins représente un tabou.

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