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Analyse socio-politique

Syndicat des chômeurs et syndicats

Plaidoyer en faveur d’un syndicat des précaires

lundi 8 juin 2015, par Paul Willems

De nos jours, tout le monde se fait exclure, criminaliser. Même les criminels en col blanc. Mais, évidemment, les conséquences de ces sanctions sont différentes. Et les pires fraudeurs et responsables de catastrophes sociales et environnementales eux passent sans problème entre les mailles du filet. Ils vont trop vite, font les choses en grand, de manière à ce que personne ne soit en mesure de leur faire de reproches. Ils détruisent trop de choses, et disposent de trop de moyens pour se défendre et surtout pour contre-attaquer.

Il ne servirait à rien de dire ici ce qui n’a pas été reçu là, de dire qu’on peut rêver, rêver de renverser l’ordre établi au moyen de quelques actions d’éclat, mais que ce n’est qu’un rêve. Ou alors il faut être très très doué, et ne pas avoir peur des conséquences.

À quoi bon répéter que les moyens de propagande manipulent beaucoup trop facilement l’opinion publique, que les gouvernements se servent du moindre fait pour criminaliser n’importe quel petit groupe oppositionnel, non seulement pour se mettre en valeur, mais pour éviter que ses critiques ne portent atteinte le moins du monde aux intérêts d’importantes entreprises, des grandes banques.

Souvent ces petits groupes ne sont même pas les auteurs des faits qui leur sont reprochés. Leur reprocher notoirement quelque chose suffit à leur nuire considérablement. À vrai dire, ce sont eux qui se font harceler pour qu’ils mènent des actions sans préparation, sans procéder à une réflexion approfondie, de sorte que, même sans la moindre criminalisation, ils servent fréquemment les intérêts de ceux qu’ils cherchent à combattre. L’adoption de toutes sortes de lois qui confondent notamment terrorisme et contestation renforce cette tendance. Il devient de plus en plus difficile de faire la part des choses.

Il en est tout autrement quand un gros groupe, si possible une classe, soutient les petits groupes engagés qui en défendent les droits et les intérêts, qu’il est trop facile, sinon, d’incriminer. Un des rôles d’une classe, autrement dit d’une opposition organisée, consiste à soutenir les petits groupes qui agissent, qui manifestent, et qui transgressent les règles établies dans le but de faire changer des choses.
Exemple : les destructions matérielles causées par des travailleurs de Renault après la fermeture du site industriel de Renault-Vilvorde, il y a 15 ans environ. Ce soutien est tel qu’à ce moment-là, même lorsque les faits pourraient servir les incriminer, la justice ne poursuit pas les responsables, qui, du reste, sont trop nombreux. Le gouvernement préfère adopter un profil bas, ignorer les faits, pour éviter que la contestation ne réussisse à l’obliger à renverser la vapeur.

Au début des années 2000, ce même soutien permit aux 13 de Clabecq d’échapper à des condamnations fermes après des années de procès. Le moment n’était pas encore venu de criminaliser l’élite ouvrière.

Depuis longtemps, des chercheurs, des militants étudient les conditions de possibilité de l’existence politique du groupe des précaires, par exemple. Il y a tout un débat qui traite en quelque sorte de la transition actuelle. Certains essaient notamment de comprendre le rôle et la portée de la philosophie de Foucault qui traite de ce problème. Mais rares sont ceux qui se demandent quels pourraient être les droits des précaires, et il est rare que les syndicats existants les défendent correctement.

Pourtant ce sont eux qui ont donné naissance au précariat actuel en luttant pour l’indemnisation du chômage. En fait, ils ne sont pas organisés pour le faire. Ils ne sont même plus organisés correctement pour défendre les droits de l’élite ouvrière ou professionnelle, tout simplement parce qu’ils n’ont plus le poids nécessaire, parce que leurs idées sont dépassées. Ceux qui défendent plus spécifiquement les précaires ne sont pas mieux organisés. En fait, ce sont avant tout des associations. Elles professent les mêmes idées. Ce ne sont pas des organisations politiques. Même si leurs activités chevauchent parfois les deux champs d’action, social et politique. Leur poids est dérisoire. Leur soutien est ambigu.

Quels que soient leurs qualités et l’engagement de certains militants les syndicats existants ne perçoivent pas toutes les contradictions existantes. Ils tiennent souvent un double discours. Ils ne peuvent éviter de faire de la collaboration de classe. Ils ont presque tout signé, toutes les mesures antisociales rétrogrades qui font horreur. Ils ont donné leur accord en tant que partenaires sociaux, en tant que membres du Conseil central de l’économie, ou du Conseil national du travail, à pratiquement toutes ces mesures.

Évidemment, ils font surtout état de leur résistance. Étant donné qu’il n’existe pratiquement pas d’opposition politique, ils sont les seuls à critiquer ces mesures. Forcément, ils tournent surtout autour du pot.

Quant aux partis de gauche, ils ont voté en faveur du TTIP (Traité transatlantique) après avoir voté en faveur du TSCG, autrement dit du Pacte budgétaire européen. Des traités dont toute la gauche, et même une partie de la droite, s’accordent pourtant à dire qu’ils sont monstrueux.

On en est arrivé à criminaliser des grèves. Des grévistes doivent payer des astreintes. Dans la foulée, le droit de grève est remis en question. Tout cela parce que les syndicats en fait ne représentent plus grand monde. Ils ne représentent pas en tout cas tous ceux qui y sont affiliés.

Mettre sur pied un syndicat des précaires et des chômeurs pourrait redynamiser les choses, et accélérer la prise de conscience par les précaires de leur existence en tant que groupe, voire que classe, bref faciliter leur organisation politique.

Le mieux serait même de reconstruire un autre syndicat qui représente réellement tout le monde, qui défend les précaires aussi bien que ceux qui conservent le même emploi pendant longtemps, voire pendant toute leur vie.

Quels sont les droits de précaires ? Quel pourrait être le fonctionnement d’un syndicat des précaires ? Quelle pourrait être son organisation ? Voilà quelques questions auxquelles il devient urgent d’apporter des réponses.

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