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Les causes de l’inégalité

L’école élitiste et l’égalité

Comment serait-il possible de réformer l’enseignement ?

mardi 11 novembre 2014, par Paul Willems

Vaste débat ! D’énormes questions se posent, ne fût-ce que concernant savoir ou pédagogie.

L’enseignement est une vieille chose. En dépit d’un développement technique dévastateur, servant de justification, ou à cause de lui, la société reproduit une structure sociale de plus en plus inégalitaire et inadaptée. Dans l’optique de la mise en place de cette organisation hiérarchique, et de la hiérarchisation du savoir qui en est inséparable, l’Enseignement représente un outil de premier plan. C’est le vieux projet platonicien d’éducation et de légitimation d’une élite dirigeante. Mais ce savoir, qui donne droit à des garanties, à une sécurité, en échange de la servilité de ceux qu’il sélectionne, de leur soutien indéfectible à l’organisation sociale, n’évolue pas, il s’impose plutôt à la société comme un donné, qui fonde un mécanisme de reproduction, plutôt qu’il ne sert à éduquer.
Le type de formation des enseignants ou des formateurs et leur statut de fonctionnaire d’état font partie du problème. Ces études disposent d’un poids (ou d’un statut) (savoir métaphysique) qu’elles ne devraient pas avoir. Cet élitisme met en place un apprentissage forcé et réducteur et empêche la majorité d’accéder au savoir. La soi-disant objectivité des connaissances enseignées sert d’alibi. Ce qui importe, c’est de conférer à certains un diplôme, une sorte de titre de noblesse, de privilège, qui complique à ce point leur existence qu’ils n’ont d’autre alternative que de défendre servilement l’état des choses. Ils n’en sont même pas conscient. Il ne leur est tout simplement pas octroyé d’autre possibilité. Ils ont été tôt mis au parfum. Les propres stéréotypes de l’élite sociale, qui servent à éduquer l’enseignant, transforment ces derniers en médiateurs, au lieu de leur permettre de transmettre eux-mêmes des connaissances au sens fort.
Quand aux jeunes, moins ils disposent de garanties, plus ils seront censés obéir, travailler un jour, s’adapter, se plier, moins ils discuteront et se sentiront à même d’exercer leurs prérogatives de citoyens, moins ils seront en mesure de critiquer.
Moins ils en savent, du moins à certains égards, plus ils doivent accepter le savoir (non autoritaire) des meilleurs, et les explications de la hiérarchie.
L’échec scolaire est un mythe. Le but de l’école n’est pas de conférer des compétences égales à tous, au contraire, mais de conférer à tous l’illusion qu’ils sont égaux, en dépit de vertigineux écarts de traitement et des privilèges existants. L’échec scolaire est également lié à l’évolution et à la multiplication des savoirs, et à leur inadéquation comme à leur inadaptation de plus en plus grande à la réalité physique et à la diversité culturelle existante.

L’enseignement sert avant tout à reproduire des croyances, des logiques inégalitaires, à promouvoir l’acquisition de stéréotypes, à sélectionner les intérêts et les acquis, à sanctionner les intérêts illégitimes, à inculquer des tabous et des réflexes, et d’en sélectionner les concepts dominants (a priori), loi de satisfaire aux exigences de la logique scientifique.
L’enseignement sert plus à formater, à contrôler les jeunes jusqu’à l’âge adulte, qu’à les guider. L’école, qui est donc un appareil idéologique, a pour fonction de dégoûter une majorité de jeunes d’apprendre, de progresser, mais elle leur fait rêver du travail, d’un monde où ils deviennent autonomes. Elle leur fait rêver d’autonomie, jusqu’au moment où ils découvrent que l’autonomie suppose la mise entre parenthèse de toute autonomie 40 heures par semaine. Même la pédagogie, sinon surtout elle, sert à laminer l’intelligence.

***

Les enseignants sont d’autant plus convaincus qu’ils font un boulot social., de la différence de niveau entre les élèves, divers groupes de population. Leur courage et leur abnégation n’ont d’égal que l’ampleur des préjugés de l’inculcation autoritaire et servile qu’ils proposent aux élèves.

Ce savoir et cet enseignement réussissent à se faire valoir en vantant la possibilité d’accéder à une autre classe de la société que celle dont le jeune est issu, de changer de statut social, d’accéder à de meilleures conditions de vie, tout cela sans cesser de s’appuyer sur l’idéologie démocratique de l’égalité. Ceux qui échoueraient ne sont tout simplement plus concernés. L’enseignement sert en même temps à intégrer tout un chacun dans un même ensemble, sauf ceux qui échouent jusqu’au bout. Il forge une société.
La société a forcément fini par générer de nouvelles inégalités et surtout des écarts de plus en plus grands de richesse et de droits.

Dans les faits cependant, l’enseignement est à la base d’inégalités fondamentales. 2 % de jeunes dont les parents ne sont pas universitaires vont à l’université. 5% des jeunes sont d’emblée exclus de la société par l’enseignement.

En période de plein emploi, tout ceci serait encore vaguement tolérable ou acceptable, mais en période de crise, comme actuellement, de nombreuses personnes cumulent les exclusions. Certains chômeurs ne s’adaptent plus à aucun niveau à la structure sociale qui résulte de cette organisation. Les élites se retrouvent en défaut, sont incapables de réagir, de prendre la mesure de la situation, l’exclusion massive devient leur seul crédo et leur seule logique, la société se met à pratiquer toutes sortes de chasses aux sorcières : aux jeunes issus de l’immigration, aux chômeurs, aux mendiants...

Faut-il fermer les écoles, ou réformer l’enseignement ? Il est souhaitable de corriger le tir. Mais que faire ? Par quoi commencer ? Le mieux serait sans doute de réformer, de réorganiser l’école, tout en réutilisant les ressources existantes. Mais l’égalité est-elle possible ? Une hiérarchie est-elle nécessaire ?

Peut-être. Mais elle doit être basée sur des compétences, pas sur la naissance, ni sur des critères identitaires, ou des indices de richesse. Les compétences doivent être mieux objectivées. (Écrire ne signifie pas non plus savoir tracer des lettres.) Le choix de l’apprentissage doit être le plus possible libre et adapté. Des socles de compétences doivent être définis.. Des filières en quelque sorte. Adaptables et souples, démocratiquement élaborées par les apprenants eux-mêmes.

Il est nécessaire d’analyser et d’améliorer le processus de transformation et d’acquisition des savoirs, ou du savoir, et probablement de modifier le rapport au savoir, et à la connaissance, d’en améliorer la critique.
C’est aux écoles à définir et à élaborer leur projet éducatif en collaboration avec des professionnels de l’enseignement, les jeunes et leurs parents.

Toutes sortes d’alternatives ou de prétendues alternatives existent. Du moment qu’elles respectent les valeurs fondamentales de liberté, d’égalité. Tous les projets alternatifs doivent être pris en considération et évalués.

Il s’agit de s’y mettre coûte que coûte. Il est nécessaire de combattre de toutes ses forces l’école inégalitaire, d’en dénoncer les discriminations, l’inadaptation, de tenter de promouvoir un enseignement plus démocratique, compétent, de critiquer le préjugé qu’il n’y aurait rien à faire, qu’à subir l’école sans rechigner, qu’à travailler..

Conclusion

À défaut, mieux vaudrait encore boycotter l’école, organiser des structures éducatives alternatives autonomes, privilégier parfois l’auto-formation. La liberté d’enseignement doit être (r)établie, dans les limites des règles fondamentales existantes, en respectant les valeurs fondamentales de la société et de la démocratie.
En tout état de cause, il y a lieu de cesser de réduire les élèves au silence et à l’immobilité et de les assigner à la même place 6 heures par jour.

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