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Faits et organisation

Constat au sujet de la lutte des chômeurs

État des lieux

jeudi 14 mai 2015, par Paul Willems

Dans la plupart des collectifs belges de chômeurs (Stop chasse aux chômeurs, Collectif choc, Stop article 63 §2), et comités de sans-emploi, le but des réunions est d’informer, et éventuellement de s’organiser pour protester contre de nouvelles mesures. Il se fait que les chômeurs ne comprennent pas bien ces mesures. D’où la nécessité d’expliquer à chacun ce qu’elles représentent.
Il s’agit presque davantage d’y donner des formations que d’organiser la contestation, même si organiser quelque chose est le premier leitmotiv de toutes ces réunions.

Seul, le Collectif de travailleurs sans emploi de la F.G.T.B. (du Luxembourg), etc…) est parvenu à monter une pièce de théâtre-action et à écrire un livre : Chemin faisant.

Dans les autres collectifs, les réunions servent à discuter de la politique du chômage. Les informations collectées sont parfois nombreuses et précises. Mais cela n’aboutit pas à une analyse politique, ou à des actions d’envergure. Il n’y a pas moyen non plus de procéder à une critique cohérente du système. La critique du système demeure largement idéologique. Pourtant, ce n’est pas faute d’essayer de dépasser le(s) point(s) de vue dominant(s).

La politique du chômage est unanimement rejetée. Elle fait l’objet de critiques véhémentes. Mais en même temps subsiste l’espoir fou que les choses pourraient tout d’un coup évoluer pour ainsi dire d’elles-mêmes dans un sens différent. La crise est jugée provisoire. En tout cas, c’était le cas jusqu’aux exclusions massives de chômeurs survenues dès 2015.

Manifestations, pétitions, marches, occupations sont les modes de protestation utilisés. L’expérience que la plupart des militants ont de cet engagement, c’est qu’il impossible de changer cette politique. Pourtant ils s’entêtent. Mais leur énergie semble extrêmement limitée, et il est rare, sinon exceptionnel, qu’ils parviennent à mettre au point une action très organisée. Des petits collectifs éphémères sont parvenus à de meilleurs résultats, par exemple en occupant une agence d’intérim.

Au collectif Stop 63 §2, un chômeur, Thierry Müller, qui se fait parfois appeler Tchè Riposte, anime les réunions. Mais dans la plupart des autres collectifs, ni les animateurs, ni les porte-parole ne sont des chômeurs. Il existe comme un décalage.

Lorsque des experts participent à des réunions, très souvent, ils font uniquement part de leur expertise. Presque tous sont des non-chômeurs. Ils ne doutent pas non plus du bien-fondé de ce qu’ils savent. De fait, ils sont les seuls à connaître en détail la législation, et parfois même l’histoire de la politique du chômage, à travailler dans l’administration de l’emploi, ou dans un service qui concerne les chômeurs. Mais ils ont tendance à être les seuls à s’exprimer.

Quelques militants ou participants sont capables de mettre des mots sur une série de mécanismes. Ils voient clair dans le jargon législatif utilisé. Mais il n’est pratiquement pas question de parler d’autre chose.

Il résulte de ce genre de réunion que les seules revendications qu’il est possible de défendre et de proposer sont celles qui consistent à rejeter les mesures politiques adoptées.

Il ne semble pas que l’on débatte à fond de la politique du chômage. Pourtant on ne fait qu’en débattre. On le fait cependant avec les mêmes mots que ceux que leur donnent ceux qui la font et les médias. Certains se montrent même tatillons en recommandant d’utiliser tel mot plutôt que tel autre : par exemple demandeur d’emploi, ou travailleur sans emploi, plutôt que tout simplement chômeur. L’on ressasse sans arrêt quelques chiffres comme le nombre de chômeurs, le nombre d’offres d’emploi, les chiffres de l’exclusion. On revient sans cesse sur ces chiffres. Le discours dominant dans ce milieu consiste à critiquer les surprofits et les énormes salaires octroyés à certains. Mais, l’on ne parvient pas à réfléchir à autre chose, à imaginer une autre politique, à construire conceptuellement une alternative à l’organisation du travail existante. Au contraire, on dirait qu’on s’accroche désespérément à elle. Personne ne prend au sérieux des idées comme le partage du travail, ou comme le travail à la carte, voire même le droit à la paresse. Ces idées sont comme jugées futiles. Sauf la réduction du temps de travail bien entendu sans perte de salaire. Si l’on tente de défendre la réduction du temps de travail moyennant perte de salaire, l’on se fait aussitôt critiquer. Je n’ai plus l’audace de proposer de revendiquer des quotas d’engagement de chômeurs. Quand je l’ai fait, ma suggestion a été totalement ignorée.
Dès que le débat cesse de traiter du b.a.-ba des mesures existantes qui concernent le chômage, c’est la cacophonie, et il est impossible de faire un lien entre les divers points de vue exprimés.

Il arrive que les chômeurs parlent de leur situation. C’est souvent assez intéressant, parce qu’on s’aperçoit de l’étendue et de la nature des injustices existantes. Mais il est rare qu’on en débatte sérieusement.

Lorsque quelqu’un croit parfois discerner une solution, celle-ci est la même que celle dont on a déjà cent fois fait état.

Chacun pense aussi défendre un point de vue.

Les collectifs de chômeurs sont très utiles en se mobilisant contre des abus spécifiques comme le contrôle à domicile des chômeurs. Mais la recherche active de témoignages, l’élaboration de publications, à part la revue Ensemble du Collectif Solidarité contre l’exclusion, font le plus souvent défaut.

Aucune marche ou manifestation n’a jamais été organisée spécifiquement contre les sanctions qui pleuvent sur les chômeurs, ou contre les méthodes de contrôle des chômeurs, même si tous critiquent l’ineptie que représente cette politique.

Certaines mobilisations sont médiatisées. Les plus importantes ont généralement lieu au moment des élections.

Lorsque des organisations de précaires, de sans-papiers font des actions, souvent ceux qui ont des papiers et qui se mobilisent avec eux sont des chômeurs, mais les mobilisations de chômeurs et les mobilisations de sans-papiers n’ont rien à voir entre elles.

Le dit monde du travail ne semble pas capable de saisir toutes sortes de transformations sociales, leur sens, leur logique intrinsèque.

D’une manière générale, la lutte des travailleurs pour leurs droits est la seule lutte sociale avec laquelle la lutte des chômeurs entretienne organiquement un lien.

On dirait que les chômeurs attendent Godot comme on dit, qu’ils restent braqués sur leur besoin d’emploi, sur leur manque de ressources. Quant aux travailleurs, ils essaient de tenir, de garder leur emploi. Ils ne pensent presqu’à rien d’autre. Ils pensent aux autres par habitude, de la manière prescrite par le syndicat. En fait, l’idée de solidarité sociale renvoie pour ainsi dire à un cliché. Sans les syndicats, sans doute, serait-il impossible d’organiser quoi que ce soit. Mais il ne s’agit pas de toucher aux rapports existants. Même au coup par coup.

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