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Analyse

Le collectif Résiste

La lutte de quelques chômeurs belges

jeudi 28 avril 2016, par Paul Willems

La CCB (Centrale culturelle bruxelloise) organise des réunions deux fois par mois au cours desquelles les participants débattent de la politique de l’emploi. Le groupe qui se réunit s’est constitué en collectif et s’intitule Résiste.

Il y a régulièrement de nouveaux membres, de sorte qu’en réunion, les membres de Résiste passent parfois leur temps à se présenter, ce qui permet de redéfinir régulièrement les raisons pour lesquelles on adhère au collectif, et il y a souvent des membres qui cessent de venir aux réunions sans prévenir, qu’on cesse de voir. Le turn over est important.

Un syndicat est un appareil complexe. Des permanents ou des salariés de la FGTB viennent de temps en temps comme remettre les pendules à l’heure, recadrer certaines choses.

Le groupe est du reste piloté par des salariés de la CCB ou de la FGTB.

Les uns sont des chômeurs, parfois de longue durée, les autres des salariés. Les uns ont pour patron la F.G.T.B., les autres n’ont pas de patrons.

On apprend beaucoup de choses simplement en parlant de la législation et des mesures qui concerne le chômage et l’emploi. Mais, d’un autre côté, on ne fait rien d’autre.

Officiellement, l’objectif du collectif consiste à organiser des actions pour faire valoir les intérêts des chômeurs, à défendre les intérêts de ces derniers.

Mais comment faire ? Quelles actions entreprendre ? Les priorités à faire valoir ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Le plus souvent, dès qu’une action s’organise, elle l’est à l’échelon de la F.G.T.B., et ce sont les droits des travailleurs qu’elle sert à défendre, à mettre en avant. Vaut-il mieux défendre d’abord les droits des travailleurs ou ceux des chômeurs ?

Comme dans toute structure hiérarchique, ce sont souvent les responsables qui tranchent. Les chômeurs entre eux qui n’ont guère de responsabilité, qui ne sont ni président, ni secrétaire, ne parviennent pas à s’entendre. Certains sont tentés de s’associer aux mots d’ordre de la F.G.T.B., d’autres voudraient fonctionner de manière plus indépendante, mettre au point une véritable stratégie qui concerne plus spécifiquement le chômage.

En quelques années plusieurs propositions ont été mises sur la table. Mais elles n’ont pas abouties. Aucune action d’envergure n’a été menée.

Pour certains chômeurs, il faut promouvoir une approche nouvelle, plus ouverte, de la question du chômage, et défendre les droits des chômeurs, ou alors mettre tout le monde sur le même pied, pour les autres, il faut s’en tenir au cadre de lutte existante, contester ponctuellement les décisions prises, manifester à l’O.N.E.M., se rallier quand c’est possible aux travailleurs qui manifestent pour le maintien de la sécurité sociale, contre les mesures et la politique d’austérité.

Le collectif Résiste a mis récemment en ligne un site qui veut à peu près tout dire. Ce site du collectif n’est pas nourri par des comptes-rendus, par des débats, par des informations, par des articles de journaux le concernant ou concernant les questions qu’il aborde et qui font l’objet de discussions. Bref, l’activité du collectif est presque qu’entièrement confidentielle. Les activités du groupe n’y sont pas mentionnées, ou elles le sont de manière imprécise, voire brouillonne.
Pendant un moment, la page Facebook de l’Atelier Chômage lui a tenu lieu de page Facebook, mais il n’a pas de page Facebook pour lui servir de vitrine. Les débats et les informations y sont rarissimes.

En deux ans d’existence, les activités du collectif se résument à peu de choses.
1. Quelques membres de Résiste ont participé à une manif contre les mesures anti-chômeurs le 11 mai 2014, un peu avant les élections. La manif qui était organisée par le RBC, le Réseau bruxellois des Collectifs de Chômeurs.
Histoire de situer un peu les choses, le RBC, ou plutôt le comité qui en programme unilatéralement les activités, ne compte pas de chômeurs en son sein.
Chez Résiste, on a peu parlé de la manif. Ensuite, on est immédiatement passé à autre chose. Les militants ont eu droit à un vague bilan, à une discussion au sujet de la manif, mais cela n’a pas suscité de réflexion, d’analyse. Un nombre de tracts impressionnant ont été distribués, mais cela n’a pas donné grand-chose. Cela en a un peu découragé certains, mais pas plus que le reste, que tout ce à quoi le collectif a affaire d’habitude. Il a surtout découragé les responsables de la F.G.T.B. qui sont ceux qui se sont le plus investis dans l’organisation de la manifestation.

On ne sent pas la volonté de chercher à comprendre, à refaire la même chose, à rassembler plus de monde. Il existe seulement la velléité de mieux communiquer par exemple avec les médias à ce sujet.

Depuis le 11 mai 2014, il y a eu d’autres manifs chômage, mais le collectif n’a pas participé à ces manifestations, ou alors de manière complètement symbolique.

De toute manière ces manifs servent à contester les mesures prises, elles ne revendiquent pas un changement fondamentale dans la situation des chômeurs et la politique du chômage.

Tout à fait symboliquement, Résiste a appelé à participer à la grande manif du 6 novembre 2014 à laquelle certains membres du collectif se sont rendus individuellement.

La grande manif syndicale de novembre a surtout permis à une nouvelle organisation qui s’intitule en flamand Hart boven hard, et en français Tout autre chose d’émerger en tant qu’organisation fédérant la contestation de gauche en Belgique. Les médias en ont un peu fait état.

Le 29 mars 2015, de façon complètement indépendante, l’association Hart Boven Hard a organisé une autre manif critiquant les mesures d’austérité.

La Grande Parade représente un projet ambitieux, mais assez folklorique. 20.000 personnes ont défilé contre l’austérité pendant deux heures. Des partis politiques, notamment le PTB, mais aussi des personnalités du P.S. ont participé à cette manifestation. Certains membres du Collectif semblent avoir apprécié cette manif qui s’est déroulée sous une forte pluie. Résiste est signataire de la plate-forme qui a appelé à la manifestation.

En dépit de cette manifestation, les syndicats ont progressivement jeté l’éponge. Ils n’ont plus été en mesure d’organiser ni une grève, ni une manifestation contre des mesures gouvernementales de plus en plus contestables.

Il n’y avait pas de pauvres à cette manif. Il y a longtemps que les pauvres ne se mobilisent plus. Or l’austérité concerne avant tout les pauvres. Il s’agissait d’une sorte de fête. Les pauvres n’ont guère envie de faire la fête.

Les chômeurs non plus n’ont guère manifesté à l’exception d’intellos précaires, ou de militants écologistes engagés dans toutes sortes d’alternatives. Des artistes, des intellectuels, une petite partie de ces intellectuels, ceux qui sont impliqués dans le social, ou dans la lutte pour l’environnement, manifestent contre les décisions du gouvernement.

À quoi sert un collectif comme Résiste ?

Résiste propose avant tout un espace où les chômeurs peuvent faire part de leurs problèmes à d’autres chômeurs et de façon limitée à des responsables syndicaux et tenter de les cerner, de comprendre un peu mieux le cadre qui en est la cause. Ils y reçoivent une sorte de soutien moral, quoiqu’il soit presque surtout symbolique. Certains y pêchent des explications et un soutien pratique qui les aident à résoudre leurs difficultés.

Le problème c’est que tant le petit collectif Résiste que la grande plate-forme Tout autre chose se présentent comme des organisations qui ont pour but de renverser la vapeur, de faire changer les choses, alors que, bien sûr, elles en sont très loin.

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