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Un demi-marathon de luttes

Les chômeurs et l’actualité de la pensée sociale

Chômage et travail

lundi 6 octobre 2014, par Paul Willems

Le nombre de participants au marathon de Bruxelles est stupéfiant. Cette foule qui passe son temps à courir, quelle bonne ambiance elle crée dans la ville. Quel exemple ! Quelle force morale, et quel courage ! Les gens ont la force de faire des choses incroyables et même souvent terriblement difficiles. Certains ont le courage de se lever tous les jours le matin à l’aube, de faire des centaines de kilomètres, pour supporter parfois leur vie durant des collègues épouvantables. Certains escaladent des montagnes de 8000 mètres ou des à-pic comme le Pain de sucre de Rio de Janeiro. Plein de gens préfèrent leur télé, mais quand même !

Certains réussissent même à réfléchir correctement. Certains sont capables de faire naviguer un bateau, de faire tourner une entreprise, de construire un pont. Mais quand il s’agit de diriger un pays, le plus souvent, c’est la catastrophe. Les innombrables réunions de collectifs, d’activistes, de grands ou de petits partis politiques, toutes les discussions de café du commerce, tous les points de vue, les idéologies, qui se font concurrence, n’y peuvent rien. Dès que les gens se mettent à réfléchir ensemble à des questions qui touchent au pouvoir, c’est l’enfer. La plupart du temps une idéologie l’emporte. Il est hors de question de réfléchir en profondeur. Dans le magazine de la F.G.T.B. de septembre 2014 Philippe Van Muylder évoque un effet démobilisateur de la Pensée unique.

Des petits groupes de gens réfléchissent un peu partout. Et bien, ils n’en finissent pas d’expérimenter cet effet démobilisateur. Il est très difficile d’atteindre un certain degré de réflexion et d’analyse. Pour éviter de se disloquer, ils se spécialisent exagérément. Ils se forcent à se donner un objectif concret, pratique, à atteindre, qui, en fin de compte, limite et borne leur engagement. Le but du groupe Résiste est de lutter contre les mesures anti-chômeurs qui sont prises par le gouvernement. Son but est de mobiliser des gens, de réfléchir à la situation, pour la dénoncer, si nécessaire. Mais comment s’opposer aux mesures anti-chômeurs actuelles ? Quelle est la meilleure façon de s’opposer à elles avec les tout petits moyens qui sont à sa disposition ? Comment se mettre d’accord sur des objectifs à atteindre ?

Lorsque les gens font le marathon, il n’est pas nécessaire de réfléchir pour trouver quelle distance il s’agit de parcourir. Elle est de 42,195 km. Personne ne la remet en question. Courir le marathon représente un objectif clair. Et atteindre à plusieurs cet objectif met une bonne ambiance dans une ville. Il ne coûte rien ou presque d’y participer. Il nécessite un entraînement qui entretient la santé. Il confère une satisfaction psychologique.

En ce qui concerne les mesures contre les chômeurs, tout le monde est d’accord au sujet de l’objectif concret à atteindre. Le retrait des mesures, tout simplement. Un des objectifs que le collectif Stop article 63§2 a réussi à atteindre, c’est informer correctement un petit groupe de personnes au sujet des mesures anti-chômeurs. Mais les gens qui se mobilisent contre elles ont-ils cerné la complexité du problème ? Ceux qui cherchent à se mobiliser contre elles font des choses, mais ils n’y croient qu’à moitié. Ils se servent d’outils surannés. Seul un très petit nombre de personnes est concerné par cette mobilisation qui se met difficilement en place contre les mesures en cause. La plupart des chômeurs concernés par les mesures ne sont pas bien informés. Ils ont l’habitude des sanctions, d’un arbitraire qui aurait paru complètement déplacé il y a cinquante ans. Ils n’ont pas l’habitude d’être défendu bec et ongles par les syndicats qui ont plutôt l’air d’aller dans le sens de l’Onem, à cause de la concertation sociale, parce qu’ils servent d’organisme de paiement et qu’ils ont pris des engagements qu’ils n’auraient pas dû prendre. Il y a cinquante ans, c’était les entreprises qui rendaient des comptes, lorsqu’elles licenciaient des gens. Aujourd’hui, elles sont félicitées lorsqu’elles licencient. Leurs dirigeants touchent des bonus. De nos jours, c’est l’état qui exclut des gens et l’on n’a pas l’habitude de lui demander des comptes parce que les travailleurs dans la fonction publique ont longtemps joui de nombreuse prérogatives. L’on a mené des luttes pour accroître ces prérogatives et, actuellement, les fonctionnaires jouissent d’un tel statut, qu’ils ne se sentent pas concernés par les problèmes des chômeurs.

Le monde du travail est organisé pour combattre les dirigeants des entreprises, et pour réagir pour tout ce qui concerne le travail, et voilà le résultat. Les entreprises font de plus en plus ce qu’elles veulent. Et il est impossible de mobiliser les travailleurs pour combattre l’état lorsqu’il exclut des chômeurs.
Le pouvoir a réussi à opposer le travail et le non-travail. Il a réussi à faire passer les chômeurs pour un problème, et, de fait, pour des gens gavés de privilèges, qui passent pour des demi-héros, c’en est un. Il est impossible de mobiliser les chômeurs, parce que les syndicats ont des rapports très limités avec les travailleurs, une fois qu’ils se retrouvent au chômage, et avec ceux qui n’ont même jamais accédé à un travail. Sinon ce serait très facile. Si les syndicats avaient gardé le contact avec les chômeurs, ils mobiliseraient un demi-million de personnes lorsque l’état en exclut une centaine. Le problème de ceux qui se mobilisent contre les mesures anti-chômeurs, c’est le fonctionnement lui-même des organisations de défense des droits des travailleurs, c’est leur organisation même, autant que leurs principes qui ne permet pas de mobiliser des gens pour le chômage. Il faudrait changer cette organisation, mais c’est beaucoup trop compliqué pour des petits groupes de gens. Il faudrait partir de ce constat pour avancer.

Si les ministres réunis en conseil décident de supprimer les allocations de chômage : Inch Allah.

Les crises économiques, qui se soldent toujours par un grand nombre de chômeurs, permettent de faire travailler des gens pour rien, de construire des routes et des autoroutes. Certains se disent qu’ils ont touché le gros lot. L’ascenseur social par le fait que plein de gens descendent très bas dans l’échelle sociale, beaucoup plus bas que jamais. Et puis, il y a tellement de gens. La tentation d’éliminer du monde, la satisfaction de faire partie des élus l’emporte, sur les vieux réflexes.

Les dirigeants qui ont mis en place le système de l’assurance chômage l’ont fait parce qu’à leur époque, chômeurs et travailleurs appartenaient au même monde, et parce qu’ils menaient une guerre idéologique contre des régimes communistes et des régimes totalitaires. Ils ont presque sombré dans le totalitarisme. Les motifs qu’ils ont invoqués pour mettre en place un tel système, c’était en partie du baratin. Après avoir instauré l’assurance-chômage, ils ont fait une guerre. Cela a eu pour effet de mettre fin au chômage de masse.

La guerre finie, pendant trente ans, ce fut le plein emploi. C’est-à-dire qu’il y avait très peu de chômage. Les chômeurs se faisaient humilier, mais il y en avait trop peu que pour que les autres réagissent. Les travailleurs ont pris l’habitude de voir les chômeurs d’une autres façon, de les prendre pour des profiteurs. Aujourd’hui, il est facile de décider de cesser de leur octroyer des allocations de chômage.

Après trente ans de plein emploi dans les pays développés, une crise a de nouveau éclaté. Les multinationales pétrolières, qui sont parmi les organisations économiques les plus puissantes, ont envoyé des millions de gens au chômage. Cela a affaibli les pays développés. Et puis les capitalistes ont délocalisé leurs entreprises dans des pays où il n’y avait pas de service public d’assurance-chômage pour aggraver encore la situation des pays développés. Ces derniers se sont alors mis à remettre en cause le principe de l’indemnisation du chômage. Ils sont en train de mettre la crise sur le dos des chômeurs, ou alors des immigrés, au choix, et alors que les riches font évader des dizaines de milliards d’impôts tous les ans, ils prétendent contrôler la consommation d’eau et d’électricité des chômeurs ce qui est tout simplement mensonger, outrancier, comme le ministère de la fraude sociale, une horreur qui en belgique passe comme une lettre à la poste.

Au lieu de remettre les grandes sociétés pétrolières à leur place, de changer de mode de production d’énergie, de mettre les compagnies pétrolières au ban de l’humanité, à cause de tout le tort qu’elles font, les dirigeants capitalistes font le contraire : ils mettent les chômeurs au ban de l’humanité.

En soixante ans, les gens n’ont pas beaucoup réfléchi à cette question du chômage, à toute une série de choses. Les élites ont nommé des professeurs d’université, et entretenu des millions de chercheurs pour réfléchir à tout sauf à des choses comme le chômage. Il a été facile d’influencer ceux qui travaillent sur la question du chômage et qui sont payés pour faire marcher les choses dans l’intérêt des grands trusts et d’une élite qui ne sait pas ce que veut dire aller au chômage, dont les enfants trouvent toujours du travail, ne fut-ce que dans les grandes banques et les grandes entreprises.

Les médias, qui défendent les intérêts des grandes sociétés multinationales et des banques, malgré le fait qu’elles portent préjudice aux états, font facilement passer le petit mouvement de lutte des chômeurs pour quelque chose d’anecdotique.

Les chômeurs ne sont pas représentés dans les instances dirigeantes des centrales syndicales. Le collectif Résiste a présenté à P. Van Muylder, le secrétaire bruxellois de la F.G.T.B., une motion pour demander que les chômeurs disposassent de représentants ou de porte-parole au sein des exécutifs syndicaux. Mais la représentation des chômeurs au sein des syndicats servirait-elle à modifier le regard que le monde du travail porte sur lui-même, ou servirait-elle à faire abonder les chômeurs dans le sens du monde syndiqué ? Il est nécessaire de débattre de cette question si l’on veut promouvoir cette représentation des chômeurs au sein des organisations syndicales. Il serait souhaitable de commencer par organiser un débat au sujet de la représentation des chômeurs. Le but de la représentation des chômeurs dans les exécutifs et les instances dirigeantes syndicales n’est pas de permettre à quelques individus de trouver une situation avantageuse, de réduire encore un peu plus les horizons de tous, de museler les gens, comme dans beaucoup de cas, le principe de représentation y contribue.

Il s’agit d’accomplir un travail en profondeur. Il faudrait organiser des états-généraux ou des assises du travail et du chômage, parce que personne ne comprend rien à ces questions. Mais pour le moment, les actions se succèdent de manière discontinue, sans mener à rien de concret, ce qui suscite toujours la même interrogation : combien de gens se mobiliseront-ils ? Est-ce que les militants eux-mêmes se mobiliseront ? Du reste, qui sont ces militants ? Les bilans sont inexistants. Le résultat est maigre. Ce n’est pas se montrer négatif que de le déplorer.

On peut aussi décider de ne pas réfléchir. On peut prétendre que c’est trop difficile et attendre Godot ou se mettre à croire en dieu.

Comment améliorer l’attitude du monde du travail en général au sujet des chômeurs ?

Le monde du travail doit se mobiliser pour mettre fin à la consommation de masse, pour changer de mode de production, ainsi que pour promouvoir un mode de vie moins stressant, et aussi plus décent. Il doit également admettre que des gens soient à la recherche d’un emploi, que ce n’est pas facile dans un monde sans protections douanières, où la libre concurrence brise des économies entières comme des fétus de paille.

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