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Les artistes et le travail

Le partage du travail, arguments pour et contre

Réflexion et pistes programmatiques.

vendredi 25 avril 2014, par Paul Willems

Tous les artistes ne se représentent pas toujours non plus très bien ce que représentent un ouvrier d’usine, un plombier, un petit entrepreneur, un entrepreneur maffieux ou pas, un sans-papiers, etc.., de sorte que les gens ne se sentent pas concernés par eux, et c’est normal.

D’un autre côté, beaucoup de gens ne se représentent pas facilement tout ce que représente un artiste, un vrai. Ils le découvrent quand il est déjà célèbre, or très peu sont célèbres, et ce n’est pas toujours parce qu’il s’agit des meilleurs.

Sans doute, est-ce dû à une forme d’égoïsme. Les gens croient presque tous qu’ils représentent le centre de la société. Les PRODUCTEURS se disent qu’on aura de toute manière toujours besoin d’eux, alors qu’on peut se passer des artistes. Les PROPRIÉTAIRES de moyens de production ou autres, par assimilation, se disent que puisque tout dépend d’eux, c’est qu’ils sont également les seuls producteurs, les seuls véritables artistes, les seuls travailleurs, etc.. Le philosophe Max Stirner a écrit un très beau livre qui s’appelle L’Unique et sa propriété.

Quant aux artistes, à force de repartager le sensible, ils s’imaginent qu’ils sont les seuls à comprendre, sinon à aimer le monde.

À cause de leur rapport spécifique au travail, les raisonnements des gens qui concernent l travail, mais aussi la vie, sont tous différents.

Il y a aussi ceux qui se disent que, dans la vie, tout est amour et que pour aimer, pour avoir envie de fonder une famille, il faut travailler, travailler à temps plein, beaucoup, en tout cas suffisamment. Pour ces personnes, si l’on ne travaille pas assez, à temps plein, cela n’en vaut pas la peine. On est alors un poids, une charge pour l’autre, pour l’être aimé. Dans leur représentation du monde, il n’existe pas de place pour un demi-travail, pour un travail mi-temps, parce qu’il n’existe pas de demi-famille, et qu’on ne peut se passer de famille, ou, en tout cas, d’amour.
Certaines d’entre elles critiquent de manière virulente ceux qui ne font pas l’effort de travailler à temps plein pour avoir la possibilité de fonder une famille.
Inconsciemment, pour elles, il vaut mieux s’en débarrasser, quitte à les harceler. En réalité, le travail les obsède. Pour elles, le travail représente la grande affaire de la vie. Elles ne voient pas d’alternative. Ce travail doit permettre de vivre décemment, de fonder une famille, de jouir d’une certaine estime de la part des autres, et en tout cas, il permet de jouir de sa propre estime. Ce n’est pas de l’ego, mais le défaut de cette attitude, c’est qu’elle ne conçoit pas d’autre mode d’existence. La seule chance de l’homme réside dans le fait d’avoir, de trouver un travail. Bien sûr, pour elles, tous devraient avoir un travail. Mais justement pour cette raison, il est impossible de partager le travail. Le travail est indivisible : c’est la quantité d’efforts à fournir pour pouvoir vivre, se payer un logement, aimer. Si l’on fournit moins d’efforts, l’on n’a plus droit qu’à la moitié d’un logement, qu’ à un demi-amour, cela n’a aucun sens. Ces personnes refusent évidemment le principe du partage du travail parce qu’ils se disent que si l’on partage le travail les travailleurs n’auront plus assez d’argent pour faire vivre une famille, et pour aimer.

Leur pensée fait un bond en arrière. Un chômeur devient potentiellement quelqu’un qui est censé voler le travail d’un autre. Et donc, de fait, il vaut mieux s’en débarrasser, l’empêcher de nuire.

Le racisme anti-chômeur trouve son origine dans cette mentalité. Pour cette dernière, lorsque l’on partage le travail, le travail devient le travail qui est volé à un autre qui a charge de famille et tutti quanti.

Pour les personnes qui ont cette mentalité, dans le meilleur des cas, il faut inciter les chômeurs à chercher du travail, mais, protéger en même temps les acquis des autres.

Pourtant, partager le travail, par contre, cela peut également signifier avant tout rendre la sélection de ceux qui travaillent le plus, plus appropriée, plus juste, plus efficace. Dans notre système, beaucoup de gens obtiennent un emploi grâce à leurs relations. Elles réussissent à l’école pour les mêmes raisons, à cause de leur milieu sociale, de leur cadre familial. Tout se passe dans le même petit monde.

De fait, pour certains, chercher du travail, du moins un certain type de travail, est totalement inutile et réussir à l’école représente la quadrature du cercle. Jeunes, ils se sentent mieux dans des écoles-poubelles que dans de soi-disant bonnes écoles.
Dans notre société, c’est principalement l’école qui sélectionne les travailleurs.
Elle le fait de façon élitiste en reproduisant les modes de pensée de certains milieux, en s’efforçant de légitimer leurs valeurs. Cela veut dire que la majorité des personnes qui trouvent un boulot et qui peuvent fonder une famille sont issus de certains milieux.

Cela explique pourquoi dans certains milieux, l’on ne trouve jamais de chômeurs. Les gens ont toujours un boulot. Dans d’autres, c’est l’inverse. Tout le monde a des chômeurs dans sa famille, et des gens qui ont échappé à la misère en acceptant un boulot infâme à l’autre bout du monde.

L’école produit 50% de sous-qualifiés, et 30% de non qualifiés, c’est-à-dire des gens qui doivent accepter n’importe quoi, et qui ne trouvent pas toujours cela très intéressant. Cela poserait trop de problèmes si la société décidait vraiment d’en faire n’importe quoi. C’est pourquoi, elle donne des indemnités aux chômeurs. Pour qu’ils ne se rebellent pas contre tout ce système. En contrepartie, la société fait travailler des sans-papiers dans des conditions parfois très contestables. Ces derniers on ose leur demander à peu près n’importe quoi. Sinon, c’est le retour au désert, la honte.

La société est ainsi partagée. Il y a des gens qui travaillent, mais qui sentent qu’ils ont obtenu quelque chose auquel tout le monde n’a pas droit, et qui défendent leur acquis. D’autres acceptent de travailler à des conditions inférieures, puisqu’on considère qu’ils n’ont aucune compétence, et qu’ils n’ont aucun droit. D’autres ont des droits, mais pas les relations, ni les compétences, du moins pas aux yeux de la société et se situent entre les deux. Ils se montrent inventifs, et essaient de créer leur emploi, ou ils se retrouvent au chômage et font l’objet de maintes critiques. Ils pensent néanmoins qu’ils ont droit à un travail, sinon à un bon travail.
mais ils ne font pas n’importe quoi.

Bien sûr, certains sont plus doués que d’autres pour se vendre sur le marché du travail. Et sans disposer des mêmes atouts que les autres réussissent à dégoter un travail correct, et un salaire suffisant. Pour eux, ne pas avoir de compétences, ou certains compétences représente même un plus. Ils acceptent de ne pas avoir de compétence et de ne pas rouspéter.

Pour eux, comme pour la première catégorie, mais d’une toute autre manière, c’est la lutte égoïste pour le travail, et pour des droits égoïstes qui sont assortis à ce travail. Pour ce genre de travailleur aussi, ceux qui ne trouvent pas de travail, ou pas régulièrement, n’ont aucun droit. Ils n’ont surtout aucun droit particulier à travailler.
Il pourrait être question de partager le travail. mais certainement pas le leur.
Pour d’autres encore, l’on ne peut partager le travail que s’il y en a réellement trop. C’est la seule manière logique, valable de le partager.

Pour certains travailleurs, il s’agit de surveiller les nouvelles recrues, de les tenir à l’œil.

Partager le travail, ce n’est pas simplement prendre une partie du travail de ceux qui en ont déjà et le donner à d’autres, partager le travail, c’est d’abord faire en sorte que tous disposent de compétences. L’école telle qu’elle fonctionne ne le permet pas. C’est aussi permettre aux travailleurs de continuer à se former durant leur vie. Ou de recommencer à se former. C’est rendre possible des choses comme continuer à se former, participer à la vie politique, sociale, sans pour autant toucher des millions, voire chercher du travail, car beaucoup de travailleurs, doivent chercher du travail tout en travaillant. C’est le cas par exemple de nombreux artistes, qui doivent trouver des salles pour jouer leurs spectacles ou faire leurs concerts, qui doivent sans cesse négocier des contrats, des cachets, pour pouvoir faire leur travail. Tous les artistes n’ont pas un statut d’employé, et ne sont pas des salariés. Souvent, les plus inventifs, les plus originaux n’ont même aucun statut. Pas même celui d’intermittent du spectacle ou le statut d’artiste. Une grande maison de disque, cela permet à un artiste de faire régulièrement de concerts, de gagner beaucoup d’argent. Il ne doit pas tout faire lui-même. Pour pouvoir être plus libres de créer, certains musiciens sont obligés de refuser de travailler pour de grandes maisons de disques. Ils se sentent plus libres de créer de cette manière. Ils ne cracheraient pas sur un statut, mais le système, la société jugent qu’ils n’y ont pas droit.

Les théâtres et les centres culturels reçoivent de l’argent. Leur personnel a souvent un statut de fonctionnaire et est payé par l’état. Ce n’est pas le cas d’un grand nombre d’artistes. Mais c’est aux autres artistes, souvent, que l’administration du chômage, les lois sur le travail mettent des bâtons dans les roues. Le but de cette société, certes, n’est pas de partager le travail.

Le même problème se pose en ce qui concerne les auteurs qui écrivent pour le compte de petites ou de grande saisons d’éditions. Certains n’ont même pas de maison d’éditions du tout, et pourtant, ils écrivent parfois de meilleurs livres que les autres.

Partager le travail, ce n’est pas donner davantage de droits, d’avantages sociaux et autres à une partie des travailleurs qui ont tout, et considérer ceux qui ont moins comme des chômeurs. Cela n’a aucun sens. Si ce n’est que cela sert à profiter davantage d’une catégorie de travailleurs, à exploiter de façon abusive, non seulement pour leur voler la plus-value de leur travail de manière forcenée, mais aussi pour leur voler leur travail. Partager le travail, c’est faire en sorte que tous jouissent de droits équivalents. Cela ne signifie pas les mêmes droits, mais des droits qui confèrent à tous un accès équivalent au travail.
C’est pour cela qu’il n’est que juste que, tandis que certains jouissent d’un statut et d’un travail à durée indéterminée, d’autres, qui ne disposent pas d’un revenu du travail, bénéficiassent d’un revenu de remplacement, d’un revenu de base par exemple, tout aussi régulièrement, et pendant une durée indéterminée.

Le chômage de masse est la riposte utilisée par le capitalisme, par ceux qui exploitent le travail, pour diviser le monde du travail. Le partage du travail, c’est ce qui s’oppose à la division du travail.

Avec un revenu de base, l’on ne peut pas fonder une famille, à moins que son ou sa partenaire ne dispose lui, ou elle, d’un revenu. Mais, l’on conserve un accès au travail décent, et, d’un autre côté, lorsque quelqu’un travaille à mi-temps, il a davantage la possibilité de se former en même temps, et il a également davantage l’occasion de s’occuper d’une famille. L’on est parfois davantage en mesure de créer, de s’occuper de partager le sensible, au lieu de l’accaparer.. fébrilement, fanatiquement.

Apprendre représente parfois une satisfaction équivalente à celle qui consiste à avoir une famille, à éduquer des enfants.
Beaucoup de gens que l’on considère comme des chômeurs, en réalité, ne sont pas des chômeurs. Les seuls vrais chômeurs sont ceux auxquels on vole littéralement leur travail, et qui de ce fait, ne trouvent rien d’autres, mettent du temps à se retourner.

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