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Economie, finances, travail, revenu

Petit plaidoyer en faveur de l’égalité de revenu ou d’une plus grande égalité de revenu.

Argumentaire programmatique

vendredi 9 mai 2014, par Paul Willems

Les habitudes de pensée sont calquées sur les habitudes de vie, or ces habitudes de vie nous ne pouvons les changer avant de changer d’habitude de pensée. Elles changent d’elles-mêmes, mais souvent dans le plus mauvais sens. Par exemple à cause de l’austérité, de la dégressivité des allocations de chômage. Il faut adapter ses habitudes en permanence et changer en même temps de manière de penser. Il devient hors de question de prendre une consommation à la terrasse d’un café, de partir en vacances à l’étranger. Mais comment prendre un moment de détente ? Comment payer son loyer ? Déménager pour aller où ? Vivre comment ?

On peut manifester contre la dégressivité des allocations, ou contre la cherté des loyers ? Mais comment faire changer d’avis le gouvernement ? Le gouvernement prétexte que le train de vie d’une partie de la population ne peut pas être mis en balance avec l’équilibre budgétaire qui concerne toute la population. Il fait référence à un principe général supérieur : le bien de tous, par rapport au bien de quelques individus. Les chômeurs peuvent répliquer que ce n’est pas chez eux qu’il faut aller chercher l’argent qui manque. Mais c’est une vieille habitude de financer l’état avec les revenus du travail, de tous. Le gouvernement éprouverait le plus grand mal à changer une telle habitude. Il y a pourtant d’autres types de revenus : le revenu du capital, les revenus immobiliers, qu’on appelle la rente immobilière. Il faut faire un choix. Pour cela, il faut une raison. Sans une raison, il est difficile de ne pas s’en tenir aux habitudes. On en revient donc à la nécessité de réfléchir aux raisons. Qu’est-ce qui engendre le déficit de l’état ? L’on me dira que la cherté des loyers jette des gens à la rue, des gens qui ne sont donc plus en mesure de travailler. Il est donc nécessaire de lutter contre la cherté des loyers. D’autres personnes font un autre raisonnement. Elles prétendent que limiter le montant des allocations de chômage incite les gens à travailler et permet donc à l’état de toucher des impôts. D’autres enfin disent que l’égalité de salaire permet de créer davantage d’emplois que des différences de salaire. Mais ils éprouvent une certaine difficulté à le prouver. Il est facile de prouver cela par l’absurde.

Justifier les inégalités de revenu incite à les aggraver et donc à appauvrir toujours davantage les pauvres. Non seulement cela crée un clivage au sein de la société, mais cela appauvrit l’état. Les salaires étant moindres, les impôts sont moindres également, surtout que les riches transforment leur revenu en capital, ce qui fait qu’il échappe en grande partie à l’impôt. Les riches prêtent de l’argent à l’état, mais ce dernier le leur rembourse à un taux usuraire de sorte qu’il s’appauvrit encore.

Finalement, pour résoudre ses problèmes financiers l’état est prêt à accepter que l’on supprime leurs allocations aux plus faibles. Mais pas que l’on diminue les revenus des riches. Effectivement, il n’en voit pas la raison, malgré le fait qu’elle est évidente. Pourquoi ? Parce que les économistes adhèrent aux mêmes croyances que les autres. Ils cherchent à tout prix à augmenter la rente capitalistique, au lieu de chercher à la diminuer, ou plutôt à égaliser les revenus.
Il y a à cela une raison. Le capital a une utilité. On a besoin de capitaux pour investir. Mais rien n’empêcherait de changer les critères de transformation du revenu en capital.

Un actionnaire touche parfois jusqu’à 15% des recettes d’une entreprise sous forme de dividende. Il serait plus juste qu’une partie de ce dividende soit considéré comme un revenu et pas comme du capital. Il serait également nécessaire de faire de même en ce qui concerne les primes que s’octroient souvent les industriels. Mais faire cela revient à s’attaquer à un dogme et pour s’attaquer à une dogme il faut de bonnes raisons, or, contrairement aux apparences, dans les sociétés démocratiques, règne une formidable censure qui empêche les gens de réfléchir à certaines choses.
Ceux qui le font sont souvent tout simplement privés de revenu. Ils ne peuvent bénéficier des avantages que procurent des infrastructures de recherche. Ils sont critiqués de toutes sortes de manière, même parfois accusés de répandre des mensonges, ou encore de commettre des délits, de diffamer, de s’attaquer aux fondements de la société. Dans certaines conditions, défendre certains points de vue représente une énorme difficulté, voire un danger. 99% des chercheurs, des soi-disant experts, des spécialistes, adhèrent à une croyance opposée, et ils jouissent d’un statut qui est considéré comme une preuve de la validité de leurs idées, surtout que ces idées sont partagées par la grande majorité des gens qui disposent du même statut. Pour défendre un autre point de vue qu’un point de vue dogmatique, partagé par la communauté des scientifiques ou des experts, il faut mener une bataille qui dure parfois le temps d’une vie, voire bien plus longtemps encore. Il faut lire le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde de Galilée.

Pour défendre l’égalité de revenu dans un programme politique, pour bien faire, il faut d’abord écrire un livre d’économique qui prouve que c’est la meilleure façon de résoudre les problèmes financiers d’un état, et ensuite trouver un parti politique qui veuille bien défendre un tel programme. Inutile de dire que c’est pratiquement impossible. Ceux qui font de la politique savent à quel point il est difficile de faire changer d’idée non seulement les gens, mais les politiciens eux-mêmes.
L’essentiel du problème consiste à mon avis à rédiger un programme que l’on peut appliquer directement, dont la nécessité s’impose d’elle-même à cause de son caractère concret. Mais c’est évidemment cela qui est extrêmement difficile.

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