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Actualité internationale

La situation au Congo dans ses grandes lignes

Comment faire face à l’idéologie démocratique toute puissante des puissances occidentales ?

mardi 18 novembre 2014, par Paul Willems

La guerre à l’Est du Congo dure depuis 1998, avec des accalmies et des moments forts. La presse en parle peu, mais c’est probablement le conflit le plus meurtrier de la planète. Il aurait fait plus de 10 millions de victimes en 15 ans. La guerre contre le Congo est menée par des organisations militaires rebelles qui servent de couverture à l’armée rwandaise ou parfois ougandaise. Ces organisations rebelles (M23, RCD, etc..) sont généralement dirigées par des Tutsis ou par des Hema, peuples au pouvoir en Ouganda et au Rwanda (tous deux des dictatures). Les troupes d’invasion et les organisations rebelles procèdent à une épuration ethnique. Certains dirigeants de ces organisations rebelles (Ntaganda, Lubanga) ont été traduits devant le tribunal pénal international (T.P.I.) à La Haye, mais les actes d’accusation qui les concernent sont très légers par rapport aux crimes commis.

Le régime rwandais défend la thèse du grand Rwanda. Le Rwanda revendique vaguement la possession du Kivu ou d’une partie du Kivu. Le Rwanda bénéficie du soutien des Américains qui disposent au Rwanda d’un centre de renseignement à quelques kilomètres de la frontière congolaise. Au Kivu, des multinationales principalement canadiennes et américaines exploitent le coltan, une matière première fort convoitée, qui entre dans la fabrication des condensateurs utilisés dans l’industrie informatique et les gsm, d’autres exploitent le cobalt utilisé dans les batteries au lithium des gsm, portables, etc... Au Rwanda, les Américains sont pratiquement propriétaires du pays.

Ce conflit permet aux Rwandais de commercialiser les matières premières du Kivu, de s’enrichir et de payer leurs dettes. La démographie a explosé au Rwanda. Et, en principe, ce pays ne peut compter que sur ses ressources agricoles dont les prix chutent régulièrement. Une baisse du prix du thé a été indirectement à l’origine du génocide de 1994.

Les Congolais qui travaillent dans des mines de coltan sont confrontés à des conditions d’exploitation féroce. Ils touchent pratiquement le même salaire que des Haïtiens, autrement dit, ce sont les travailleurs les moins bien payés au monde.

En 2006, Joseph Kabila est parvenu à organiser des élections démocratiques. Le Congo est devenu, ou redevenu une démocratie. Mais cette démocratie est constamment critiquée et menacée, non seulement par la guerre, mais par des tentatives de putsch, ou de sédition, largement appuyées par des dirigeants de pays occidentaux. Quoique impliquées dans le génocide du Kivu, la communauté internationale et la presse dite internationale (en fait la presse américaine et occidentale) relaient régulièrement ces critiques. L’O.N.U. joue un rôle pivot au Congo. Il critique les autorités congolaises et n’empêche pas le moins du monde les organisations rebelles de commettre une épuration ethnique. Depuis quelques mois, après avoir obtenu sans véritablement combattre le retrait des troupes rebelles (M23) au Rwanda, l’O.N.U. s’efforce de désarmer les milices d’autodéfense (Maï-Maï) qui, l’armée congolaise était minée par l’ingérence extérieur, belge, américaine et autre, sont la seule véritable défense du Congo dans la région. Son seul objectif semble être de démoraliser les Congolais qui réclament en pure perte le départ de l’O.N.U. du Congo depuis des années.

Malgré l’occupation et la guerre, le Congo se développe. Son taux de croissance est le plus élevé d’Afrique (environ 8% en 2013). Mais le taux de mortalité reste un des plus importants (à cause de la guerre). La recrudescence des épidémies est une réalité, et le pays est de plus en plus bradé à des intérêts étrangers, miniers et autres. La grande forêt équatoriale est exploitée, et une partie est menacée de disparition.

La Belgique s’efforce de convaincre l’Union européenne d’intervenir militairement au Kivu. Voilà la politique qu’elle mène. La journaliste Colette Braeckman voudrait que l’on compare Joseph Kabila et Blaise Compaore qui est un assassin et un dictateur, alors que Kabila est un président élu, et le fils d’un dirigeant congolais qu’on a assassiné. Pourtant la première chose à faire serait de condamner le Rwanda et l’Ouganda, et les organisations rebelles, ce que la Belgique n’a jamais fait, ainsi que l’O.N.U., et exiger le retrait et si possible le désarmement de toutes les troupes d’invasion. Mais étant donné l’appui dont jouit le Rwanda de la part des Américains, grande puissance qui décide pratiquement souverainement de ce qui est vrai et faux, il est impossible de critiquer ce pays, ni la guerre qu’il mène au Congo, ni l’O.N.U. dont le rôle dans la région est présenté comme positif, alors que sa présence sert à masquer la gravité des massacres et de la situation.

Comment soutenir le Congo ? D’abord en cessant d’accorder le moindre crédit à l’O.N.U. et à la presse internationale, et belge en particulier. Ensuite en critiquant la vision à sens unique de la situation et les critiques unilatérales dont les dirigeants congolais sont systématiquement la cible que répandent les dits médias, et les gouvernements dont les entreprises profitent des ressources du Congo. Il faut cesser de croire que les mêmes jugements s’appliquent aux dirigeants d’un pays sous-développé en guerre depuis une vingtaine d’années, sinon depuis 100, ou 150, et victime d’un génocide, comme aux dirigeants de pays développés qui sont incritiquables, quoi qu’ils fassent, et dont le peuple est en paix depuis trois-quarts de siècle.

Il faut s’opposer à tout interventionnisme, et exiger des multinationales minières qui financent la guerre et qui en tirent profit de réparer les torts qu’elles causent dans la région des Grands Lacs.

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