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Sensibilisation

Au suivant, au suivant, de la troupe Ras El Hanout

Théâtre-forum

mardi 4 février 2014, par Paul Willems

Chaque situation est différente et leur situation fragilise davantage certains travailleurs, qui se retrouvent plus facilement au chômage.

Le spectacle en 4 tableaux montre 4 situations typiques auxquelles sont confrontés des chômeuses et des chômeurs.

Le spectacle est rejoué une seconde fois pour permettre au public de prendre la place d’un acteur et de changer en quelque sorte le cours des choses.

Voici un compte-rendu du spectacle qui s’est déroulé le 19 janvier 2014 à 16h au Vaartkapoen et de certaines interventions. (Avec : Ismail AKHLAL, Abdelhak CHENOUILI, Salim HAOUACH, Mohamed OUACHEN)

1ère scène : La représentation que les gens ont du chômage.

R.-vous chez Actirus. 3 candidats. 3 problèmes très différents. L’habitué, qui sait pourquoi il est là. L’ouvrier flamand qui a 17 ans de travail dans la même boite derrière lui, vient de perdre pour la première fois son emploi, et ne peut croire qu’il est au chômage, et le jeune universitaire diplômé d’origine maghrébine, devant lequel toutes les portes se referment, mais il a tout un discours.. tout prêt.

En fin de compte, les deux francophones font perdre leur sang-froid à l’ouvrier flamand parce que, dans le but de détendre l’atmosphère, ils se moquent de lui en le traitant de fainéant.

L’ouvrier néerlandophone dispose d’un mot magique pour expliquer sa situation. Il dit qu’il est en transition. Pour lui, être chômeur c’est dégradant, il ne veut pas être perçu comme un chômeur et se dit dans une situation en transition. Comme si cela évacuait le fait qu’il se retrouve au chômage.

Remarque : Dans les faits, il y a des chômeurs qui disposent de certaines prérogatives. Leur réembauchement est considéré comme prioritaire par rapport à d’autres chômeurs qui sont demandeurs d’emploi depuis plus longtemps qu’eux. C’est notamment le cas des travailleurs victimes de licenciements massifs, à cause de la fermeture d’une grande usine. Comment l’expliquer ? Le but est d’inciter les travailleurs à cesser de manifester, de critiquer les décisions prises. Mais il s’agit bel et bien d’une discrimination.

Le débat entre les trois personnages se révèle impossible. Mais c’est ce qui est amusant. C’est du théâtre. Mais c’est aussi la vie. La vie est théâtre.

Les questions du public ont porté sur le mot transition, sur les préjugés flamand-francophones.

Pour certains, le mot transition est un mot piège qui sert à nier la situation. D’un autre côté, ce vocabulaire a une raison d’être. Il a un pouvoir explicatif.

Discussion aussi sur la honte qu’on ressent à être chômeur. Beaucoup de gens dans la salle disent qu’il ne faut pas critiquer les chômeurs. Cela arrive à tout le monde.

Quelqu’un émet l’avis qu’on est dans un pays uni, qu’il faut que tous s’unissent.

N’ai pas retenu tous les arguments.

2ème scène : Les relations avec la famille et l’efficacité de la recherche d’emploi.

Les parents de l’universitaire lui disent qu’il doit être un homme et qu’ils attendent de lui qu’il travaille, maintenant qu’il a terminé ses études. Ils voudraient qu’ils lui offrent une piscine au Maroc. L’universitaire crâne, leur promet n’importe quoi, mais il n’a aucune idée de ce qu’il va faire. Il commence par rédiger une lettre de motivation. Mais il se fait corriger peut-être par un employé d’Actirus, ou d’une association qui aide les chômeurs à trouver un emploi, ou par les patrons ou les personnes qui lisent ses lettres de sollicitation.

Pour l’un d’eux, Molenbeek est considéré comme à l’étranger. Pour un autre, il fait l’erreur d’indiquer les périodes de chômage sur son C.V.. Les patrons n’ont pas envie d’entendre parler de ce problème : le chômage..

La discussion a porté sur le nombre de chômeurs. Débat sur les chiffres, et sur le manque de travail. Des gens parlent de leur expérience, de leur décision de se prendre en main, etc.. d’être acteur de leur vie. Une enseignante qui milite au M.R. critique ceux qui se laissent aller, qui attendent un travail, qui sont demandeurs d’emploi, alors qu’ils pourraient créer leur emploi. Elle parle d’une société qui fournit une aide à l’expansion, je ne sais plus laquelle. Selon elle, la Belgique aide plein de gens.

Une autre personne du public explique qu’au début il avait cherché un emploi , sans succès, pendant longtemps, mais qu’ensuite, elle avait travaillé bénévolement, et que des gens avec lequel elle avait travaillé lui avaient proposé un emploi. Sinon, selon elle, ça n’aurait pas marché.

3ème scène : Moyens d’existence et humiliation.
 
Réunion entre amis au café : trois travailleurs et un chômeur. Ce dernier ne tient pas à la faire longue, il n’a pas faim, il parle d’une série coréenne qu’il a matée à la télé sans susciter d’intérêt. Les autres parlent de sujets qui ne l’intéressent pas, d’achats qu’ils ont fait. Ils finissent par se demander s’il va bien. Ils lui demandent si ça va. Le chômeur prétend que oui, mais a rapidement envie de s’en aller. Ses amis essaient de le retenir, ils projettent de faire un voyage à Vienne. Jeux de mots. Finalement, le chômeur s’en va.

Le débat avec le public porte sur l’attitude à avoir avec quelqu’un qui est humilié, qui n’existe pas, etc.. Le débat n’a pas porté sur les moyens d’existence du chômeur, sur ce qu’il y a moyen de faire avec eux. Il a porté sur le fait qu’il est plus difficile de trouver du travail et de travailler quand ses ressources ne sont pas suffisantes, etc.. Il a porté aussi sur le fait que l’on ne valorise pas le fait de ne pas consommer. La valorisation dépend trop souvent de la consommation. On est éliminé du seul fait qu’on ne consomme pas assez. Il y aurait eu moyen d’aller plus loin dans la discussion, et de se demande si le chômage n’est pas tout simplement la conséquence des inégalités existantes.

En fait, certains chômeurs évitent tout simplement les gens qui l’humilient.

Kaoutar va jouer à la place du chômeur et propose aux trois autres d’organiser une table ronde, de réfléchir à la situation, à la façon d’y remédier, de se mobiliser. Mais les trois autres prétendent qu’ils sont crevés, qu’ils veulent juste boire un verre, qu’elle réfléchit trop. Elle se montre convaincante, mais sans obtenir de résultat.

Analyse

Il est très difficile de fédérer les énergies. Les gens ne veulent pas voir les problèmes qui existent. Les Grecs l’ont expérimenté. La plupart des gens nient les problèmes, jusqu’à ce qu’une tuile leur tombe dessus.

L’ouverture est totalement factice, superficielle, ou d’ordre affectif. Simple désir de revoir quelqu’un.

Avec des gens qui ne sont pas au chômage, on ne parle pas de la question du chômage. On parle de la situation des autres, de ceux qui ne sont pas au chômage. Ce sont ces derniers qui sont mis en valeur. Ils compatissent, mais ne discutent pas des questions qui se posent à ceux qui se retrouvent au chômage. Ils n’estiment pas qu’ils pourraient faire quelque chose. Ils estiment que c’est normal, que la situation se résoudra quand la personne retrouvera un emploi.

4ème scène : le licenciement.

Dans cette scène, deux cadres supérieurs apprennent du grand patron que l’entreprise doit rémunérer davantage les actionnaires. La solution qui vient à l’esprit des deux cadres en question est qu’il leur faut licencier du monde. Ils demandent au chef du personnel de licencier des gens. Le chef du personnel porte un nom russe, et se vante de pratiquer des solutions expéditives. Mais ses supérieurs lui demandent de licencier celui qui l’a formé à ce métier et qui a beaucoup d’ancienneté. Le chef de personnel se récrie, mais lorsqu’il comprend que ce sera lui ou l’autre, celui qui l’a formé, il n’hésite plus, et va lui annoncer son licenciement. L’employé a 17 ans d’ancienneté, et il lui donne 17 minutes pour rassembler ses affaires.

Une jeune femme propose de jouer le rôle du chef du personnel. La jeune femme montre qu’on peut parler à un patron sur un autre ton que sur celui de la soumission la plus aveugle et menacer à son tour, dire stop.

Le débat porte sur l’hypocrisie de ceux qui disent qu’ils ne feraient jamais une chose pareille, sur la moutonnerie généralisée, sur l’absence des syndicats qui laissent tout faire.

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