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11 mai 2014

Petit compte-rendu à ma façon de la manif contre les exclusions du chômage

Stop article 63§2

lundi 12 mai 2014, par Paul Willems

À la manif, des député(e)s, et même de futur(e)s député(e)s. Quelques empereurs romains en toge au centre du cortège. Plein de tracts électoraux, de drapeaux. Mais pas beaucoup d’idées. Sourire à faire craquer d’une candidate, mais c’est tout.

La politique consiste souvent à dire des choses très belles, très intéressantes, quoiqu’en creusant un peu, on doive souvent déchanter. Promouvoir un revenu ou un salaire minimal à l’échelon européen, c’est bien, c’est une bonne chose à faire quand on est élu(e) député(e) européenne. Que faire d’autre du reste ? Mais ça va servir à quoi ? Ça va permettre quoi ? Ça va se faire instrumentaliser pour faire quoi, justifier quoi ?

La politique consiste aussi à dire du mal, à ne rien dire d’autre. On entend dire du mal de plein de partis politiques, de politiciens. Il y a des gens qui, dans la manif, scandent Elio, comme si Elio avait tout décidé seul, comme s’il avait trahi. Il est premier ministre, soit, mais combien de ministres sont contre les exclusions de chômeurs et l’ont fait savoir ? Combien voudraient tout simplement démanteler la sécurité sociale !

On dit du mal d’un dirigeant qui sert à ça. Bravo. Pas besoin de militer dans un parti de droite pour entendre dire du mal de la gauche.

C’est vrai qu’il existe des petits indépendants qui touchent moins que certains chômeurs. Mais le petit indépendant a tort de dire qu’il faut que ça cesse, ces gens qui ne font rien, et qui touchent plus que lui. Notre petit indépendant dirait-il la même chose si un beau jour on lui confisquait son magasin et tout ce qu’il contient ? Ne trouverait-il pas justifié qu’on l’indemnise ?

On voudrait entendre dire qu’un chômeur est quelqu’un que la société a rendu plus ou moins inapte au travail, qu’elle a mal programmé ou déprogrammé en quelque sorte, et qu’on ne parvient pas reprogrammer facilement. On voudrait comprendre pourquoi ? Il y a des gens qui passent leur vie au chômage, ou en tout cas, qui y passent de longues années. Que s’est-il passé ? Les bourrer de médicaments change-t-il quelque chose à l’affaire ? On voudrait entendre un argument. On aimerait comprendre pourquoi exclure un chômeur est à ce point intolérable ? Et le dire. On dirait qu’on manifeste pour que certains puissent profiter sans contrepartie de la société.

D’abord, est-il vrai qu’on programme les gens, à l’école, au travail, à la maison ? Que se passe-t-il lorsque le programme est mis en stand by ? Est-ce toujours de la faute du travailleur ? Ne le culpabilise-t-on pas a priori, même en cas de délocalisation. Quel impact a sa culpabilisation sur le travailleur mis au chômage ? Ne remet-on pas en cause la fiabilité de tout le programme ?

Pourquoi ayant perdu son travail, un travailleur qui a perdu son travail, qui a été licencié, ne se contente-t-il pas de conduire des taxis ? Pourquoi un petit patron qui ferme boutique, lui, éprouve-t-il moins de difficulté à le faire ? N’est-ce pas parce que nul ne songe à la culpabiliser. Au contraire. Même si sa faillite est frauduleuse ?

Il y aurait donc des approches différentes du travail, des caractères, des formations qui rendent plus ou moins adaptables à certains types d’emploi. Pourquoi ne nous parle-t-on pas de cela ?

On n’entend que des critiques, quelques cris de colère. C’est tout.

Il y a un merveilleux collectif qui organise des débats sur un article de loi auquel leurs membres avouent eux-mêmes ne pas bien tout comprendre. Les fonctionnaires eux-mêmes ne s’y retrouveraient pas. Bravo. C’est chouette d’essayer de nous mâcher la besogne, alors que ce serait une raison suffisante pour aller faire un peu de tapage. C’est vrai que c’est à n’y rien comprendre.

La loi joue un peu le même rôle que la vision du fouet dans les mains du propriétaire d’esclaves : elle incite à l’obéissance. Mais les gens se disent aussi qu’il vaut mieux des lois que pas de lois du tout.

On dit du mal. Il y a des gens, des partis, des petits partis, quoi qu’il arrive, dont on dit toujours du mal. Tantôt son dirigeant est critiqué à cause de son comportement, tantôt un militant a dit ou écrit quelque chose qu’il ne fallait pas dire, ou on croit qu’il a l’a dit, ou on a interprété ses propos, peu importe, c’est mal, et c’est cela qui compte. Rien d’autre ne compte. On en vérifie pas. On médit. On dit du mal. Cette fois il a conclu une alliance technique avec l’extrême-droite. Encore une fois, on crie au sacrilège. On demande de ne pas exclure de chômeurs, mais on l’exclut d’un débat, sans un mot. De toute façon, on dit du mal de nous répondent les militants de ce petit parti.

De temps en temps un militant scande en souriant, de manière à animer un peu le cortège : l’argent on le prendra. On le prendre à qui, comment ? Personne ne s’en doute. Mais les gens trouvent l’idée rigolote. On est de gauche ou on ne l’est pas. Sans doute ira-t-on le prendre à la Saint-Ghlin-ghlin, alors qu’on pourrait aller le prendre maintenant.

Quoi qu’il en soit soyons à la prochaine manif, hein, les « amis ».

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