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magazine trimestriel

C4

Le magazine qui nous pend au nez

mardi 3 mai 2016, par Paul Willems

Lorsque je parlais à d’autres de mon envie de fonder un journal , ils me citaient toutes sortes de journaux. Comme je précisais que j’aurais voulu que mon journal traitât du chômage, de la vie des chômeurs, l’on me cita un jour le journal C4 que je connaissais déjà. J’avais rencontré ses principaux fondateurs à quelques occasions. Sinon, je n’ai jamais entendu des chômeurs parler de ce magazine.

Ce journal est devenu un formidable magazine, très moderne, très dans le vent, mais qui continue à traiter de la vie des exclus, des chômeurs, des précaires, plutôt que de celles des stars et des vedettes. J’ai horreur des conversations qui tournent toutes autour de dernier gagnant de The Voice ou de vedettes de cinéma. La vie de chaque personne est une aventure incroyable. Celle des chômeurs et des précaires est souvent trépidante. Se retrouver à la rue le lendemain d’un accouchement c’est une aventure.

Exemple

Julie. En octobre, accouchement. L’O.N.E.M. cesse de la payer. Elle apprend par hasard qu’elle doit s’inscrire à la mutuelle. Mais elle est seule et n’est pas capable de le faire immédiatement. Donc pas d’argent. Plusieurs semaines seront nécessaires pour régulariser sa situation. En attendant : une stupide galère.

Ce magazine a beaucoup changé. Mais il continue à proposer des constats, des vues en gros plans de problèmes de précaires, qui sont à la fois extrêmement personnels et relativement courants.

Je ne le lis pas régulièrement. Je suis un gros paresseux. Cet article n’a pas la prétention de représenter une critique approfondie de ce magazine. Disons que j’aime bien ses analyses, sa vision de ma situation politique, son ironie. J’admire ceux qui l’ont fondé et qui en tenu bon, qui ont réussi à s’entendre, ou en tout cas à continuer à travailler ensemble, et à construire quelque chose de véritablement hors du commun.
C4, c’est à mes yeux, de la Contre-culture, au sens fort du terme.

Fakir, un hebdo français, traite plutôt des précaires, du travail précaire. Les mêmes personnes que C4 par exemple, mais vues sous l’angle du boulot, pas du chômage. Il s’intéresse à la fois aux faits, et à leurs causes. Il décrit aussi le fonctionnement cauchemardesque de l’ANPE, ou plutôt de Pôle emploi. Il se moque aussi des puissants. Il a des aspects philosophiques. Je me souviens d’un article sur Liliane Bettancourt pas piqué des hannetons.

Il propose une philosophie politique qui est également une philosophie du travail. Manifester, râler, se moquer, agir font partie du même tout. Mais ce n’est pas une approche individualiste comme dans C4.

Dans C4, les individus semblent séparés des autres. Le monde leur tombe sur la tête le plus souvent sans raison. Travailler est vécu comme un cauchemar de plus, comme une nécessité qui entraîne toutes sortes de conséquences : trouver une crèche rapidement, guérir d’une maladie tout en travaillant, se heurter à un nouveau front de problèmes et de contradictions. L’important est de consigner les faits, de faire comme Soljenitsyne, de montrer les individus aux prises avec un système débile, hallucinant, inexplicable,

Dans Fakir, tout a une cause : le capital, les capitalistes, ou le patronat. Et tout est toujours matière à rire.

Mais paradoxalement, Fakir ne professe pas le même optimisme que C4. Pour le magazine C4, les pires catastrophes se règlent. La perte d’un logement se solde par la découverte d’un autre. Celle d’un boulot, se solde par des démarches insensées, mais qui finissent par se régler, et si elles ne se règlent pas, il y a quand même une solution, ne fût-ce que provisoire. Pas toujours. il arrive que les choses tournent réellement mal. Dans ce cas, le ton est cynique, ou catastrophé, mais l’on ne se répand pas en imprécations ou en lamentations. Pour Fakir, rien ne se règle, tout va de mal en pire, ce qui est évidemment matière à rigolade supplémentaire.

Adresse de contact de CA : 9/11 rue des mineurs, 4000 Liège

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